Au coeur d’un scandale sexuel qui secoue les médias: l’affaire PPDA

Depuis plus d'un an et la plainte déposée par Florence Porcel en février 2021, plusieurs accusations envers l’ancien présentateur star du petit écran, Patrick Poivre d’Arvor, s’accumulent. Elles sont désormais 27 femmes à avoir déposé plainte pour des faits s'étant déroulés de 1985 à 2015. Certaines pour agressions sexuelles, d’autres pour viols. On fait le point sur cette affaire qui secoue les médias.

Sommaire

  • Les premières prises de parole
  • Février 2021, Florence Porcel accuse PPDA
  • Classements sans suite: les plaignantes sont déboutées
  • D’autres nombreux témoignages accablent l’ancien présentateur
  • Reportages en série depuis décembre
  • Ce soir, de nouveaux femmes prennent la parole sur Médiapart

Depuis plus d’un an et la plainte déposée par Florence Porcel en février 2021, les langues se délient et les accusations envers l’ancien présentateur star du petit écran, Patrick Poivre d’Arvor, s’accumulent. Elles sont désormais 27 femmes à avoir déposé plainte pour des faits s’étant déroulés de 1985 à 2015. Certaines pour agressions sexuelles, d’autres pour viols. Avec un modus operandi semblable pour toutes: invitation à le rejoindre à un événement ou, plus souvent, sur le plateau de la grande messe du JT de 20 heures, suivie d’une autre, plus intime, dans son bureau à la fin du journal. Seuls. 

Les premières prises de parole

À l’automne 2021,Libération s’empare du sujet à grand renfort de sujets et témoignages (alors que le 8 mars 2021 le quotidien publiait le témoignage d’un violeur). Ce ne sont pas moins de 17 articles dédiés à l’affaire PPDA qui sortent dans le quotidien à partir du 8 novembre 2021, date à laquelle huit femmes témoignent pour la première fois à visage découvert. “Elles avaient déjà livré ces témoignages à la police au cours de l’enquête préliminaire ouverte en février 2021 contre l’ex-journaliste de TF1”, comme l’indique le premier article de cette série. 

Février 2021, Florence Porcel accuse PPDA

Quelques mois plus tôt, Florence Porcel avait déposé une plainte. Elle est alors la seule à accuser l’ex-star déchue du 20 heures. Mais elle est en partie discréditée et chahutée par les médias (“PPDA accusé de viol : Florence Porcel, discréditée ?“ titre le JDD en juillet 2021). Tôt suivie par d’autres plaintes, au nombre de seize femmes qui déposent au commissariat qui s’est saisi de l’affaire. Malgré des récits concordants sur la récurrence des comportements de PPDA empreints de violence sexuelle, le dossier est classé sans suite par le parquet de Nanterre en raison de la prescription de faits qui ont eu lieu il y a plus de vingt ans. 

Classement sans suite: les plaignantes sont déboutées

Florence Porcel dépose donc une nouvelle plainte avec constitution de partie civile en novembre 2021. Une action soutenue par ces huit femmes qui témoignent à visage découvert dans Libération. Auteures, journalistes, scénariste, ex-dirigeante de TF1, hôtesse de l’air… PPDA affiche une nette préférence pour les très jeunes femmes, parfois mineures, telles qu’il les décrit dans son ouvrage “Les femmes de ma vie”, parangon de sa vision du genre féminin. 

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D’autres nombreux témoignages accablent l’ancien présentateur

Philippe Leber, responsable de la sécurité de la première chaîne, témoigne dans l’émission Complément d’enquête de France 2. Il y décrit le défilé de jeunes femmes dans les bureaux après 21 heures. “Aucune n’aura l’air traumatisée”, indique-t-il. Pourtant, aujourd’hui, toutes se disent sous le choc. Choc de ne pas avoir vu venir les choses, de ne pas avoir réussi à s’opposer à la violence froide et calculatrice du “satyre” de TF1”. C’est le terme qu’emploie le journal Minute dans un article de 1989 pour décrire PPDA sans le nommer en relatant le viol d’une lycéenne de 16 ans, Caroline, par “une star de TF1”. C’est dire que les faits remontent à plusieurs décennies.

La dénonciation calomnieuse de PPDA passe mal

Alors que les accusations se multiplient depuis plus d’un an, la plainte pour “dénonciation calomnieuse”, déposée le 19 avril dernier par Patrick Poivre d’Arvor à l’encontre de seize femmes sur les vingt qui l’accusent, passe mal. Ainsi qu’il est établi dans le dépôt de plainte, “il ne saurait être donné le moindre crédit à ces seize femmes, journalistes ou écrivains en mal de renommée et/ou féministes de la dernière heure, venues soutenir une ancienne collègue, une amie, voire une simple militante de la cause féminine”. Alors même que deux nouvelles plaintes, pour viol et pour agression sexuelle, se sont ajoutées en décembre 2021 pour des faits remontant à 1985 et 2013, donc non prescrits. 

Reportages en série depuis décembre

En février 2021, l’émission Quotidien de TMC -groupe TF1- offre une tribune à Patrick Poivre d’Arvor. Il y clame son innocence, sans renier les multiples aventures dans son bureau. “Consentantes” se défend-il. 

En décembre 2021, plusieurs mois plus tard, après la deuxième plainte de Florence Porcel, l’émission Sept à huit de TF1 s’empare de l’affaire et diffuse un reportage intitulé PPDA face à ces accusatrices. Elle est suivie le 29 avril 2022 d’un documentaire diffusé dans le cadre de Complément d’enquête sur France 2. PPDA, la chute d’un intouchable s’appuie sur des témoignages et documents inédits et souligne qu’une certaine certaine “omertà” entourait la “locomotive du 20 heures”. Un jour avant sa diffusion, une nouvelle plainte est déposée. La plaignante accuse PPDA d’un viol commis dans les locaux de TF1 en février 1995. 

Ce soir, de nouvelles femmes prennent la parole sur Médiapart

En accès libre, une nouvelle émission est diffusée par Médiapart, ce soir mardi 10 mai 2022 à 19h00. Vingt femmes victimes de PPDA sont réunies sur le plateau du média indépendant et prendront la parole à visage découvert sauf pour deux d’entre elles qui tournent le dos à la caméra. Elles ont déjà témoigné dans le cadre de l’enquête judiciaire et ont été parfois interviewées par Libération ou les journalistes de Complément d’enquête. Certaines s’exposent pour la première fois. 

Après Nicolas Hulot, l’affaire PPDA met en lumière des faits, présumés à l’heure actuelle, de prédation d’hommes (parfois de femmes, plus rares) dans certains milieux professionnels, comme celui des médias, déjà épinglé pour sexisme. D’autres scandales émaillent les réseaux et les quotidiens actuellement, dans d’autres univers. La fin d’une époque? 

 
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