Portrait de femme : Audrey Azoulay, à la tête de l’UNESCO

Ancienne ministre de la Culture, Audrey Azoulay a été réélue la tête de l’Unesco, l'organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture le 9 novembre dernier. L’occasion de revenir sur le parcours de cette passionnée de cinéma à l’ascension fulgurante.

Sommaire

  • Audrey Azoulay, une première vie dans l’audiovisuel
  • Les années au Ministère de la culture
  • Les réformes de son passage à la culture
  • A la conquête de l’Unesco
  • Une directrice générale impliquée
  • Une réélection attendue

Le 9 novembre dernier, Audrey Azoulay a été réélue la tête de l’Unesco, l’organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. L’occasion de revenir sur le parcours de cette femme politique française, dont la réélection était attendue et le suffrage écrasant. Découverte.

Audrey Azoulay, une première vie dans l’audiovisuel

Audrey Azoulay est née à Paris le 4 août 1972, d’un père homme politique marocain avec ses entrées au Palais et d’une mère écrivaine. Elle est diplômée de l’université Paris-Dauphine, mais aussi de l’université anglaise de Lancaster ainsi que de Sciences-Po et de l’ENA. Passionnée de cinéma, Audrey Azoulay rentre dans le monde de l’audiovisuel par la grande porte en étant nommée administratrice civile au secrétariat général du gouvernement en 2000. Pendant trois ans, elle est chargée de la stratégie et du financement des organismes de l’audiovisuel public. C’est le début de sa carrière dans le monde de l’image.

En 2006, Audrey Azoulay intègre le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée (CNC) en tant que directrice adjointe de l’audiovisuel, un CNC dont elle va gravir les échelons. Un an plus tard, Audrey Azoulay devient directrice financière et juridique au CNC. Elle occupera cette fonction quatre ans durant avant d’être promue directrice générale déléguée de l’établissement public. C’est alors qu’elle fait la rencontre de François Hollande, président de la République, qui lui voue une certaine admiration. Impressionné, le président socialiste souhaite lui trouver un poste au sein de son ministère de la culture. Une première ouverture pour intégrer le gouvernement du président socialiste.

Audrey Azoulay

Audrey Azoulay, le 9 novembre 2021 au siège social des Nations Unies à Paris©Quentin Veuillet/ABACAPRESS.COM | 787546_007 Paris France

Les années au Ministère de la culture

En 2014, Audrey Azoulay est nommée conseillère culture et communication à l’Élysée. Elle arrive en pleine crise de statut des intermittents du spectacle. Elle doit également lutter contre la « numérisation » des programmes culturels en proposant des alternatives viables à la plateforme Netflix qui s’impose en France.

Le 11 février 2016, Audrey Azoulay est nommée ministre de la Culture du nouveau gouvernement Valls. Elle est choisie par le président Hollande pour remplacer Fleur Pellerin. L’une de ses premières préoccupations  est de rendre la culture accessible « à tous et aux territoires ». Dans ce souci d’élargissement, Audrey Azoulay déclare le 21 mars 2017, via un communiqué du gouvernement: « Notre ministère est porté par la défense de la culture, qui est avant tout un idéal d’émancipation. Ceci est donc étroitement lié à la jeunesse, qui aspire à la création, qui aspire à l’ouverture au monde, qui aspire à découvrir l’autre. Et ce n’est pas forcément le discours qu’elle entend le plus souvent. »

« Notre ministère est porté par la défense de la culture, qui est avant tout un idéal d’émancipation. Ceci est donc étroitement lié à la jeunesse, qui aspire à la création, qui aspire à l’ouverture au monde, qui aspire à découvrir l’autre. Et ce n’est pas forcément le discours qu’elle entend le plus souvent ». Audrey Azoulay, Ministre de la Culture et de la Communication en mars 2017

Les réformes de son passage à la culture

Dans cette optique, elle prend l’initiative d’ouvrir les bibliothèques le dimanche. En février 2017 elle œuvre pour une démocratisation du sexe auprès des adolescents, lorsqu’elle signe un décret visant à modifier la réglementation qui interdisait automatiquement aux moins de 18 ans les films contenant des séquences de « sexe non simulé ». Cette décision fait jaser quelques associations dont le groupe intégriste Promouvoir qui attaque le décret en justice. A cette époque, Véronique Cayla, alors directrice de la chaîne de télévision Arte France, dira d’elle au Paris Match, qu’«elle ne s’exprime pas sur ses goûts personnels, ne parle jamais de sa famille, mais a une curiosité à l’égard de ceux qui créent.» Suite logique de l’élection d’Emmanuel Macron et de la constitution du Premier gouvernement d’Édouard Philippe, Audrey Azoulay laisse son poste à Françoise Nyssen.

A la conquête de l’Unesco

Soutenue comme la candidate française à la tête de l’Unesco, en 2017, Audrey Azoulay crée des remous dans la vie politique de l’hexagone. L’élue LR Joëlle Garriaud-Maylam (LR) s’exaspère de cette candidature et la considère une « insulte aux pays arabes, qui n’ont jamais obtenu un tel poste à l’Unesco et envers lesquels des engagements moraux avaient été pris pour que ce poste revienne à un des leurs ». En effet, le poste de directeur général semble être destiné à un candidat venu de pays arabes. Quatre candidats, sur neuf déclarés, viennent d’Irak, d’Égypte, du Qatar et du Liban. De plus, en France, les représentants de la République ne font pas front commun derrière Audrey Azoulay. Parmi d’autres, Jack Lang ancien ministre de la Culture prend position dans une lettre qu’il adresse à la candidate française, puis diffusée à la presse. Malgré les débats, Audrey Azoulay est élue sur le fil en recueillant 30 voix des 58 membres du conseil exécutif de l’Unesco, en novembre 2017, juste devant le candidat qatari Hamad Ben Abdelaziz al-Kawari.

Une directrice générale impliquée

Débute alors un mandat périlleux de quatre ans où sa première tâche en qualité de directrice générale est d’apaiser les tensions entre l’Unesco, les États-Unis et Israël qui avaient fait le choix de quitter l’institution. Audrey Azoulay déclare un mois après son arrivée: « Face aux désaccords qui peuvent exister entre les États-membres et qui se traduisent dans des votes de leur responsabilité, rester pleinement impliqué dans le fonctionnement de l’Unesco permet de poursuivre un dialogue, une coopération et des partenariats, plus que jamais nécessaires. » A ce jour, ses intentions d’apaisement sont restés lettre morte, les deux états n’ayant toujours pas réintégré l’organisme onusien. Néanmoins elle a accumulé quelques succès. Elle est parvenue à réconcilier les deux Corées en inscrivant une pratique sportive coréenne au patrimoine immatériel de l’humanité et a joué un rôle prépondérant dans l’implication grandissante de la Chine au sein des activités de l’Unesco.

Lors d’une interview donnée en juin dernier sur France 24, elle rappelle que « l’Unesco ce sont les sciences, toujours liées aux valeurs de constitutives des Nations Unies » et elle insiste sur l’implication de l’Unesco dans un rapport sur l’intelligence artificielle. « C’est un enjeu très important pour le monde entier. Nous avons prévu une recommendation sur l’éthique de l’intelligence artificielle, les biais de genre, la transparence… ».  Elle ajoute: « nos membres doivent mettre les question d’éducation de culture de sciences et de liberté d’information plus haut dans leurs agendas. Ce sont les vrais determinants de la paix, à long terme, et du développement ».

Une réélection attendue

Réélue à la tête de l’Unesco avec une très large majorité, le 9 novembre 2021, (elle a recueilli 155 votes sur 165 votants, dont une abstention). Audrey Azoulay semble avoir convaincu. Quelques jours après, elle préside aux célébrations pour les 75 ans de l’institution. « Aujourd’hui et pour l’avenir, continuons à élever ensemble les défenses de la paix dans l’esprit des hommes et des femmes »  proclame-t-elle. Avec l’éducation, le défi climatique sera un des enjeux de ses quatre prochaines années. Elle rappelle : « Nous vivons un moment critique : l’existence de la planète et de l’humanité sont menacées ». Enfin, elle assure que « le nouveau contrat » pour la planète nécessite de » doubler la taille des territoires protégés par l’Unesco d’ici à 2030″.

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