Aux Etats-Unis, le droit à l’avortement sur la sellette

Mise en danger de la santé des femmes, difficultés pour accéder à une prise en charge légale et sécurisée de l'interruption volontaire de grossesse… Le projet de décision qui supprimerait le droit à l'avortement suscite de vives réactions aux Etats-Unis.

Sommaire

  • La Cour Suprême se prépare à annuler le droit constitutionnel sur l’avortement
  • Comment est apparue la loi ?
  • Des conséquences directes de la politique de Donald Trump
  • La santé des femmes en danger
  • Une explosion des déplacements pour se faire avorter
  • D’autres droits menacés: « where is Joe » ?
  • L’Oklahoma interdit déjà l’avortement après six semaines de grossesse

Le débat sur l’avortement fait rage aux Etats-Unis. Il alimente de nouveau les divisions nationales et oppose généralement les républicains conservateurs (anti-IVG) et les démocrates (pro-IVG). Depuis plusieurs semaines, les protestations se multiplient devant la Cour Suprême, sommet du pouvoir judiciaire aux États-Unis et tribunal de dernier ressort. Dans les deux camps, les voix se font entendre et les rivalités deviennent électriques. Des pancartes défilent avec des slogans tels que « pro-life generation » (génération pro-vie en français) et en face, les défenseurs du droit à l’avortement scandent le slogan « keep abortion legal » (maintenir la légalité de l’avortement en français).

La Cour Suprême se prépare à annuler le droit constitutionnel sur l’avortement

Le juge conservateur Samuel Alito qui siège à la cour suprême des Etats-Unis aurait partagé un avant-projet de loi avec le média Politico. Ce document donnerait la possibilité à chaque Etat d’adopter sa propre législation sur l’avortement. Rédigé le 10 février 2022, ce projet de loi à pour ambition de renverser l’arrêt Roe vs Wade, entré dans la constitution en 1973 et donnant à toutes les femmes le droit de disposer librement de leur corps, devenu depuis socle juridique américain du droit à l’avortement.

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Comment est apparue la loi ?

En 1970, Norma Corvey, plus connue sous le nom de Jane Roe, un pseudonyme utilisé pour préserver son anonymat, ne souhaite pas aller au terme de sa troisième grossesse. Or, le Texas, où elle vit, considère l’avortement comme un crime. Elle fait alors appel à l’avocate Sarah Weddington qui l’accompagne dans sa démarche pour faire valoir son droit à l’avortement. Elle dépose une plainte contre les législations anti-avortement en s’appuyant sur leur manque de précision et sur leur contradiction avec les autres amendements de la Constitution. Dans le même temps, elle porte plainte contre Henry Wade, procureur de Dallas et représentant de l’Etat du Texas. Roe perd finalement le procès mais Sarah Weddington fait appel et la Cour Suprême se saisit du dossier.

Le 22 janvier 1973, sept juges sur neuf donnent raison à Jane Roe. Ces derniers estiment que le droit à la vie privée, garantie par le quatorzième amendement de la Constitution des Etats-Unis, s’applique aux femmes qui souhaitent avorter.

Des conséquences directes de la politique de Donald Trump

La remise en question de l’avortement découle du mandat de Trump. En effet, sous son mandat, la cour suprême est devenue largement conservatrice. En raison des décès et du retrait de trois juges ces dernières années, Donald Trump a pu nommer plusieurs juges conservateurs : Neil M. Gorsuch en 2017, Brett Kavanaugh en 2018 et Amy Coney Barret en 2020. Ainsi, parmi les neufs juges, six juges d’entre eux sont maintenant conservateurs et les trois autres membres libéraux sont clairement opposés à une révision de Roe v. Wade.

La santé des femmes en danger

Selon le New York Times, « L’Amérique post-Roe serait le reflet de l’Amérique pré-Roe » puisqu’avant la loi, de nombreuses femmes confrontées à une grossesse non désirée avaient recours à des méthodes dangereuses pour mettre fin à leur grossesse. Au début des années 1960, l’un des plus grands hôpitaux de Chicago prenait en charge chaque année plus de 4000 femmes victimes d’un avortement clandestin bâclé.

« L’Amérique post-Roe serait le reflet de l’Amérique pré-Roe » The New York Times

Une explosion des déplacements pour se faire avorter

La prohibition de l’avortement pourrait se traduire par une explosion des distances à parcourir pour accéder à une prise en charge légale et sécurisée. Le Texas, qui interdit l’avortement après six semaines de grossesse par exemple – à un stade où beaucoup de femmes ignorent qu’elles sont enceintes –, donne un aperçu des conséquences d’une telle interdiction. « Le Planned Parenthood, l’un des principaux regroupements de planification familiale aux Etats-Unis, a montré qu’entre le 1er septembre et le 31 décembre 2021, le nombre de Texanes venues se faire avorter dans les centres de santé des Etats alentour avait augmenté de près de 800 % » d’après un article du journal Le Monde.

D’autres droits menacés: « where is Joe » ?

Selon le président américain Joe Biden, la remise en cause du droit à l’avortement ouvrirait la porte à une série d’autres droits. Ainsi, la volonté de la cour suprême irait « bien au-delà » de l’IVG, le démocrate fait référence au droit à la contraception ou au mariage entre personnes du même sexe. Dans un communiqué publié mardi 3 mai, il appelle les américains voter aux législatives de l’automne pour défendre le droit à l’avortement. Pourtant Joe Biden n’a pas toujours été clairement « pro-choice » (pour le choix de disposer de son corps). Comme le souligne Renee Bracey Sherman, auteure et célèbre défenseuse du droit à l’avortement, citée par le New-York Times hier: “Si vous voulez être un président pro-choice, vous devez commencer à agir comme un président pro-choice. En écho à ses paroles, la foule massée devant la Court Suprême scande en choeur: « where is Joe? » (où est Joe-Biden) le 3 mai dernier. Une foule rejointe par la Sénatrice Elizabeth Warren, ex candidate à la présidentielle de 2020 : « Nous ne reviendrons pas en arrière, pas maintenant, jamais », dit-elle en colère.

« Si vous voulez être un président pro-choice, vous devez commencer à agir comme un président pro-choice » Renée Bracey Sherman, auteur et activiste pro avortement

L’Oklahoma interdit déjà l’avortement après six semaines de grossesse

Ce mardi 3 mai, Kevin Stitt, le gouverneur républicain de l’Etat de l’Oklahoma, a annoncé, avoir signé une loi qui interdit l’avortement après six semaines de grossesse, y compris en cas de viol ou d’inceste, ceci avant même que la loi soit officiellement promulguée par la cour suprême. Au total, d’après une étude réalisée par le journal Politico et publiée le 13 avril dernier, vingt-trois Etats seraient susceptibles d’interdire le droit à l’avortement aux Etats-Unis. Une remise en cause sociétale importante de ce droit des femmes.

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