« C’est pas demain la vieille »: l’exposition de Sandrine Alouf qui donne un coup de jeune

Pour combattre les préjugées contre les femmes âgées de plus de 50 ans et changer le regard que la société porte sur elles, Sandrine Alouf a lancé le projet photographique "C'est pas demain la vieille" qui parodie des shootings de mode  avec des femmes de plus de 55 ans belles, sexy et drôles. Le résultat est bluffant. Entretien avec l'artiste dans la galerie "L'oeil bleu", à Paris.

Sommaire

    • Sandrine Alouf, artiste et atmosphériste
    • « C’est pas demain la veille » qu’elles seront vieilles
    • Changer notre regard sur l’âgisme
    • La vieillesse, synonyme de souvenir, maturité et expérience

 

Les femmes qui prennent de l’âge ont encore la vie dure de nos jours. L’actualité ravive le sujet régulièrement. Cet été encore, Lisa Laflamme, journaliste star de la télévision canadienne virée à cause de ses cheveux blancs. La nouvelle a vite fait le tour du monde, dont la une choc de The Conversation: « Grey hair: Fine for George Clooney but not Lisa LaFlamme ? » (en français: « Les cheveux gris, ok pour George Clooney mais pas pour LaFlamme ? »). Des réflexions qui font mouche dans l’esprit de Sandrine Alouf, atmosphériste, artiste protéiforme et photographe, après une conversation avec un publicitaire qui lui explique que « les femmes après 50 ans ne sont plus franchement sexy ». Pour combattre ces préjugées et changer le regard de la société sur les femmes qui passent le cap, elle lance le projet « C’est pas demain la vieille » qui parodie des photos de mode  avec des femmes de plus de 55 ans sexy, drôles et qui prouvent que l’âge peut être source de richesse. Entretien avec Sandrine Alouf, dans la galerie « L’oeil bleu », rue Notre Dame de Nazareth à Paris, quelques jours après le vernissage.

Sandrine Alouf, une artiste avant tout

Informelles : Qui êtes-vous ?

Sandrine Alouf : « Je m’appelle Sandrine Alouf, je suis atmosphériste, c’est un métier que j’ai inventé quand je suis arrivée à Paris il y a 20 ans, parce que je ne voulais pas être dans une case. Je suis une artiste qui aime bien les choses décalées, sortir des cadres, offrir des regards différents sur le monde ».

Informelles : Quel est votre parcours ?

S.A : « Mon parcours est un peu particulier parce que je viens d’une famille d’artistes. Je suis la troisième génération, je suis tombée dans la marmite. J’ai différents médiums d’expression et je crée suite à des contestations ou parce que j’ai besoin d’exprimer des choses. J’ai travaillé énormément dans la décoration dans beaucoup d’hôtels, j’ai créé du mobilier, des papiers peints, de la céramique. Je fais également de la photo ».

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« C’est pas demain la veille » qu’elles seront vieilles

Informelles : C’est quoi « C’est pas demain la vieille » ?

S.A : « C’est d’abord une exposition. Ma volonté était d’exposer des femmes de plus de 55 ans par des photos parodiées de mode. L’idée est de changer le regard de la société sur les femmes ».

Informelles : Comment ça a commencé ?

S.A : « Le projet s’est déclenché par une discussion avec un publicitaire. Je lui disais que j’étais interloquée par toutes ces jeunes femmes dans des magazines de mode qui posaient pour des produits destinés aux femmes plus âgées. Et le publicitaire m’a répondu que de tout façon les femmes après 50 ans n’étaient pas séduisantes. J’étais un peu piquée au vif et je me suis dit que ce n’était pas possible et j’avais envie de lui démontrer le contraire en lui envoyant des photos de femmes de plus de 55 ans. Et, finalement, je me suis prise au jeu et les photos ont pris une ampleur bien plus importante ».

Informelles : Comment avez-vous organisé les séances photo ?

S.A : « Les participantes m’ont envoyé une photo d’elles et, en fonction de la photo que j’avais d’elles, je cherchais des modèles à parodier. Je leur demandais leur avis et, en général, elles se sont toutes prises au jeu. J’ai eu très peu de refus ».

Changer notre regard sur l’âgisme

Informelles : Qu’en pensent les hommes ?

S.A : « J’ai ouvert cette exposition et, depuis une semaine, je pense que j’ai une quarantaine, voire une cinquantaine, d’hommes d’une soixantaine d’années qui sont rentrés et certains sont venus me dire « Écoutez, c’est formidable votre expo ! Et surtout, je rêve que ma femme ose un peu plus ». Là je me suis dit qu’en fait il n’était pas forcément plus facile pour un homme de vieillir, mais la société les aident plus. Il faut changer le regard sur la vieillesse, surtout de manière globale, que ce soient les hommes, que ce soit les femmes. C’est un projet qui ne doit pas se faire contre les hommes, c’est un projet sociétal qui demande aussi à changer les regards de tous et même des enfants, des jeunes. C’est un privilège le vieillissement. Et il faut arrêter d’être dans un jeunisme total tout le temps, parce qu’en fait, on ne peut pas rester jeune. Ce n’est pas possible. Il faut honorer le temps qui passe ».

Informelles : Quel constat peut-on faire sur la société ?

S.A : « L’autre jour, je racontais qu’il y a une jeune petite fille qui est rentrée dans la galerie et qui m’a dit « Mais ce n’est pas possible que ce soit des mamies parce que, la mamie du Chaperon rouge, elle ne ressemble pas à ça ». C’est intéressant car quand on entend ce type de réaction, on se rend compte qu’il faut recréer des référents, recréer des rôles modèles, changer le regard qu’on porte à cette période-là de l’existence et surtout de se dire que ces femmes qui ont aujourd’hui 60, 65 ans, 70 ans, ne sont pas du tout les mêmes que les femmes d’il y a une génération ou deux. Ce sont des nouvelles femmes avec pleines de vitalité, pleines de joie de vivre, pleines d’envies. Elles ont envie de faire plein de choses, elles ont envie de sortir de ces quidams que la société leur a dicté. Il faut leur donner une place dans la société pour qu’elles reprennent confiance en elles ».

La vieillesse, synonyme de souvenir, maturité et expérience

Informelles : Avez-vous peur de vieillir ?

S.A : « Je n’ai jamais eu peur de vieillir. Sûrement parce que j’ai eu une grand-mère exceptionnelle qui m’a toujours montré qu’être vieille, c’était formidable. J’ai une mère qui vieillit excessivement bien et qui est toujours aussi dynamique. Et donc, quelque part, quand vous avez justement des rôles modèles très positifs par rapport à la vieillesse, vous vous posez moins de questions. Ce qui est malheureux, c’est que les jeunes ne vivent qu’avec des filtres sur les réseaux sociaux. Entre les filtres et la réalité il y a forcément une grande différence ».

Informelles : La vieillesse pour vous c’est quoi ?

S.A : « Une ride, c’est quoi ? C’est des souvenirs d’avoir ri, c’est le souvenir de s’être exclamée devant des choses, d’avoir voyagé, d’avoir regardé. Et les cheveux blancs, pourquoi faut-il les teindre ? Et pourquoi aussi les femmes doivent se couper les cheveux après 50 ans ? Ce sont des diktats un peu particuliers. Tout âge a des choses à dire et vivre en communauté globale entre les générations, ça apportera beaucoup ».

« Une ride, c’est quoi ? C’est des souvenirs d’avoir ri, c’est le souvenir de s’est exclamée devant des choses, d’avoir voyagé, d’avoir regardé. » Sandrine Alouf, atmosphériste

Informelles : Avez-vous un.e rôle modèle ?

S.A : « Oui c’est ma grand-mère. Elle était exceptionnelle. C’était une artiste avec qui je faisais les quatre cents coups, qui m’emmenait partout avec elle et qui m’a qui m’a appris une phrase que je me répète tous les jours. Elle résonne dans ma tête. Elle m’a dit « Il faut faire les choses, ne fût-ce que pour avoir des souvenirs ». Depuis, je ne fonctionne que comme ça ».

Informelles : Comment se rendre à l’exposition « C’est pas demain la vieille » ?

S.A : « L’exposition est actuellement ici à « L’œil bleu », qui est un lieu de résistance artistique dans le Marais, rue Notre-Dame de Nazareth. Et l’exposition est là jusqu’au 26 septembre. Elle est ouverte tous les jours de 14 h à 18 h 30 et sur rendez-vous. Et puis après, j’espère surtout qu’elle va bouger. Donc si vous avez des lieux, si vous avez envie de recevoir cette exposition, welcome ! »

 

 

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