Zoom entreprise: démocratiser la finance pour les femmes, un objectif phare pour Alice Lhabouz

Longtemps chasse gardée masculine, la finance n'a pas toujours été très accueillante pour les femmes. Mais la nouvelle garde a ses figures de proue, telle qu'Alice Lhabouz, fondatrice Trecento Asset Management et pionnière dans la gestion des nouveaux actifs comme les cryptos et des NFT. Elle témoigne de son expérience dans les sociétés de gestion et de son aventure entrepreneuriale. Avec une envie: rendre accessible la finance pour les femmes.

Sommaire

    • Une femme aux manettes de la gestion financière
    • Alice Lhabouz, destinée à entreprendre
    • La création de sa société de gestion, Trecento Asset Management
    • Le rapport des femmes à l’argent

Sur les 630 sociétés de gestion françaises, six seulement ont été créées par des femmes. Fille d’entrepreneurs, Alice Lhabouz est l’une d’entre elles. Les femmes, peu nombreuses dans la finance et le capital investissement, commencent à apparaître dans la presse économique depuis quelques années et, même, à être récompensées pour leur talent. Néanmoins le début de carrière d’Alice Lhabouz n’a pas été sans obstacles. Pour se mettre dans le grand bain de la gestion d’actifs, elle démarre sa carrière à la Direction des Emetteurs de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF). Après une deuxième expérience d’analyste financière chez Richelieu Finance, elle rejoint Meeschaert en 2005, en tant que gérante privée pour le compte de grandes familles françaises. A moins de 30 ans, Alice Lhabouz devient ainsi la plus jeune femme d’Europe à obtenir un agrément de gestion.

Une femme aux manettes de la gestion financière

Une société qu’elle quitte pour fonder, en 2011, Trecento Asset Management avec l’idée revenir à une gestion financière plus en phase avec le monde économique et la vie des entreprises. Sa philosophie d’investissement est simple : proposer des produits transparents et compréhensibles pour les investisseurs, sur des thématiques en croissance comme la santé et la robotique. Ou encore des nouveaux actifs financiers telles que les crypto-monnaies et les NFT, dont elle est devenue experte et pour lesquels elle rêve de lancer un véhicule d’investissement. Ses fonds ont par ailleurs obtenu le label français d’Investissement Socialement Responsable (ISR). Alice Lhabouz qui intervient régulièrement dans les médias, pour débattre de l’actualité économique ainsi que pour livrer son savoir-faire, retrace sa carrière et le lancement de son activité entrepreneuriale. 

Alice Lhabouz, destinée à entreprendre

Informelles : Qui êtes-vous ?

Alice Lhabouz : « Je suis fille d’entrepreneurs à société unipersonnelle. Ma maman était graphiste et mon père faisait du conseil pour des entreprises. Donc, j’ai grandi dans un environnement où il est tout à fait normal de prendre son destin professionnel en main. Être salariée n’a jamais été une option pour moi. En début de carrière, j’ai été salariée par obligation pour me faire un peu la main, mais ça n’a jamais été mon objectif. Je voulais vraiment créer une entreprise ».

« J’ai grandi dans un environnement où il est tout à fait normal de prendre son destin professionnel en main. » Alice Lhabouz, fondatrice de Trecento Asset Management

Informelles : Quel est votre parcours ?

A.L : « J’ai fait une école de commerce qui s’appelait l’ISC. Et puis j’ai fait une spécialisation en finance de marché et il s’avère qu’en fait, j’étais plutôt douée. Après l’école, j’ai d’abord été analyste financier dans une société de gestion. Mais il n’y avait jamais eu de femmes auparavant depuis sa création en 1980. Et les garçons me regardaient les yeux effarés en se disant « Qu’est-ce qui se passe, pourquoi ils ont embauché cette nenette écervelée ? ». Je sentais bien qu’ il y avait une énorme condescendance. Il faut reconnaître que j’étais junior donc il fallait bien aussi que je me fasse la main. Mais je ne suis pas restée très longtemps chez Richelieu, justement parce que l’ambiance était très difficile pour moi. J’ai donc travaillé dans une société juste en face qui s’appelle Meeschaert et s’occupait de clients privés assez fortunés. Je me suis pas mal éclatée là-bas. Puis, un jour, je suis partie pour créer ma société ».

« J’ai d’abord été analyste financier dans une société de gestion. Mais il n’y avait jamais eu de femmes auparavant depuis sa création en 1980. Et les garçons me regardaient les yeux effarés en se disant « Qu’est-ce qui se passe, pourquoi ils ont embauché cette nenette écervelée ?« . Je sentais bien qu’ il y avait une énorme condescendance. » Alice Lhabouz, fondatrice de Trecento Asset Management

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La création de sa société de gestion, Trecento Asset Management

Informelles : Qu’est-ce que Trecento Asset Management ?

A.L : « Notre business model est simple, c’est faire de l’argent avec de l’argent. Ensuite, on prend des commissions quand on fait de belles performances. Donc il faut gérer beaucoup d’argent parce qu’en fait, on ne prend que quelques petits points de commissions. Donc il faut gérer des millions et des millions d’euros ».

Informelles : Comment est né Trecento Asset Management ?

A.L : « Tout le monde était un peu dubitatif. En France, personne n’avait jamais fait ça. Je n’avais pas de clients, je n’avais pas d’historique de performances visibles. J’étais une femme, ce qui, statistiquement était impossible et je n’avais même pas 30 ans. J’avais eu une proposition d’une autre société de gestion, très réputée à Paris, pour les rejoindre mais je n’en avais pas envie. J’avais vraiment envie de me lancer. J’ai donc fait ce qu’on appelle un mémorandum pour expliquer ma vision et ma stratégie de société de gestion. J’ai créé une holding avec très peu de capital parce que je n’avais pas beaucoup de fonds. J’ai fait une augmentation de capital avec une grosse prime d’émission.

Pour ma part, j’ai valorisé l’entreprise à 3 millions d’euros alors que je n’avais pas l’agrément de l’Autorité des marchés financiers, je n’avais pas de clients, je n’avais pas de bureau, je n’avais pas d’équipe. J’avais besoin de 600 000 euros, c’est donc l’équivalent de 20% des trois millions d’euros de valorisation. J’ai été les chercher grâce une douzaine d’investisseurs, tels que des chefs d’entreprise qui m’ont fait confiance. C’est ainsi que de la holding est née la filiale, la société de gestion Trecento Asset Management, ce qui m’a permis de demander l’agrément de l’Autorité des marchés financiers ».

Le rapport des femmes à l’argent

Informelles : Comment rendre la finance plus « women-friendly » ?

A.L : « J’ai une proportion de clientes femmes maintenant qui est absolument colossale. Les femmes sont à la recherche de sens mais aussi de performance. L’idée, c’est de faire de la performance, mais aussi de comprendre ce dans quoi on investit et de faire un peu le bien commun dans l’investissement. Et ça, c’est assez nouveau. Et dans ce cadre là, j’essaie de m’adresser de plus en plus souvent aux femmes. Cela ne fait pas très longtemps que les femmes ont un compte en banque et elles n’ont pas forcément appris à gérer l’argent. Par exemple moi, j’ai des clientes très connues dans les médias, elles ont créé des sociétés de production, elles ont fait des choses incroyables dans leur carrière et ont gagné beaucoup d’argent ces dernières années, pourtant c’est leur compagnon qui gèrent leur argent. Et je leur dis que je peux les aider, leur expliquer mais elles me répondent que c’est trop compliqué.

Ce sont encore les hommes qui gèrent l’argent et je trouve cela dommage. Et si je pouvais contribuer à mon niveau à ce que les femmes prennent en main leur épargne et surtout préparer l’avenir pour elles, pour leur foyer et pour leurs enfants. Je pense réellement que la liberté passe par la liberté financière. Pour être libre, il faut avoir les moyens de se barrer et pour avoir les moyens de se barrer, il faut gagner sa vie et bien placer son argent ».

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Written by Olivia Strigari
Passionnée par les questions sociétales liées à la condition de la femme, en France et dans le monde, par la maternité, l’éducation et les neurosciences, la parentalité au sens large et la santé des femmes et des jeunes enfants, Olivia Strigari a dirigé pendant 5 ans la rédaction web & print de famili et magicmaman au Groupe Marie Claire et assuré des événements tels que la Journée Nationale de l’Infertilité, réunissant les plus grands experts de France et d’Europe, autour de conférences phares très suivies pendant ses 6 éditions. Fin 2020 elle quitte ses fonctions pour lancer Informelles, le média des femmes actives. Auparavant elle avait mis ses compétences et sa soif de découvertes et de grands espaces au services des magazines Hôtel&Lodge en France et en Italie dont elle a assuré la rédaction en chef pendant 7 ans. Elle a oeuvré au lancement de l’édition italienne, à la création des Hôtel&Lodge Awards, un événement porteur dans l’hôtellerie récompensant les meilleurs établissements chaque année, et, enfin, à la digitalisation des contenus. Une carrière de journaliste avant tout, interrompue par une mission de directrice de la communication dans l’agence créative Havas 360, pour repositionner et digitaliser toute la communication de cette entité française du groupe Havas. Spécialisée dans le déploiement de titres plurimédia, elle suit actuellement un cursus de Executive International MBA à l’IAE Paris Sorbonne Business School.