Entreprendre autrement: Camille Vever, le luxe responsable

Rencontre avec Camille Vever, PDG de Vever. A 42 ans, elle est à l’origine de la relance de la marque familiale Vever créée en 1821. Entretien avec une entrepreneure du luxe responsable.

Sommaire

  • La renaissance de Vever, l’aventure de l’entrepreneuriat
  • Dans les fusions-acquisitions, une manager entourée d’hommes
  • Les inspirations de Camille
  • Vever, une marque ancrée dans son temps
  • Comment faire de la joaillerie éco-responsable
  • Le luxe durable, savoir tendre la main

Camille Vever nous reçoit dans son salon-show room aux couleurs du ciel, ouvert sur la rue de la Paix et les toits de Paris. A 42 ans, PDG de Vever, elle est à l’origine de la relance d’une “belle endormie”, la marque familiale Vever créée par ses aïeux en 1821, installée rue de la Paix à Paris en 1872 -après la guerre franco-prussienne- mais disparue en 1982. Vever renaît de ses cendres en juin 2021 sous l’égide Camille et de son frère Damien, accompagnés par une équipe d’expert.e.s du secteur avec comme slogan “L’éclat d’un nouveau monde”.

Dans un univers vert et bleu gris conçu par Laurence Simoncini, les créations de la marque ont un éclat particulier. Abritées par de grandes cloches en verre, on distingue les premières collections: les grandes corolles de gingko, les diamants solitaires ou en pavé d’Élixir et l’émail en plique à jour des pièces d’exception.Témoignage d’une entrepreneure engagée.

La renaissance de Vever, l’aventure de l’entrepreneuriat

Informelles : Camille, pourquoi relancer la marque qui porte votre nom ?

Camille Vever: « J’ai toujours eu cette idée. A 16 ans ma grand-mère m’offre un bijou Vever et je commence à y penser. Le projet a toujours été en moi, plus ou moins fort mais toujours là. Lorsque je suis devenue directrice générale de Keyrus Biopharma, cela s’est imposé comme une évidence. Il fallait que je relance la marque. J’en ai parlé à Eric Cohen, le président de la société et il a tout de suite compris et m’a aidé. Je me suis lancée. « 

Est-ce facile lorsqu’on a fait toute sa carrière dans des grands groupes ?

Camille Vever: « Pour moi, être entrepreneure, c’est une continuité. J’ai toujours eu une démarche entrepreneuriale dans mes différents jobs. Les fusions-acquisitions se prêtent bien à cette logique, on lance des projets, on doit “faire des deals”. Je suis une financière mais j’ai toujours cette vision concrète d’idées qui se transforment en chiffres. Il doit y avoir un impact financier.  » 

« Pour une femme, c’est très compliqué de lever des fonds. Un projet comme Vever, en phase de création dans l’univers de la vente au détail, n’est pas forcément le plus recherché. Mais j’ai la chance d’avoir un gros réseau et mon expérience financière rassure. » Camille Vever, PDG de Vever

Dans les fusions-acquisitions, une manager entourée d’hommes

Etre une femme dans des mondes d’hommes ?

Camille Vever: « Je n’y ai pas attaché trop d’importance. Déjà petite, j’étais un “garçon manqué” (rires). Mes parents n’ont jamais fait de différence entre fille et garçon. Je me bats pour la cause des femmes mais j’aime bien travailler avec les hommes. Mais ce qui m’a souvent choqué, c’est d’être la seule femme dans des projets ou des réunions. » 

Et en tant qu’entrepreneure ?

Camille Vever: « Pour une femme, c’est très compliqué de lever des fonds. Un projet comme Vever, en phase de création dans l’univers de la vente au détail, n’est pas forcément le plus recherché. Mais j’ai la chance d’avoir un gros réseau et mon expérience financière rassure. En juillet, on a fait un tour de table et des femmes investisseures ont décidé de nous soutenir. Les fonds adorent le projet. »

Les inspirations de Camille

Avez-vous des rôles modèles qui vous ont inspirés ?

Camille Vever: « L’écrivaine et réalisatrice Sylvie Ohayon ! Elle a raconté sa vie dans Papa was not a rolling stone, qu’elle a adapté au cinéma. Malgré une vie compliquée, elle s’est toujours battue et a beaucoup travaillé. Son parcours est admirable. C’est une femme vraie, très directe.

Un homme aussi, Gilles Martin, mon boss chez Eurofins. Il a monté sa boîte en 1987 à Nantes et en a fait un des leaders mondiaux des laboratoires d’analyses. Malgré sa réussite, il est resté très discret. Un vrai entrepreneur, brillantissime, qui n’hésite pas à “mettre les mains dans le cambouis ! »

Et Henri Vever ?

Camille Vever: « Bien sûr. Henri était un passionné et un homme d’affaires. C’était un novateur. Il s’intéressait à tout, les impressionnistes, les estampes japonaises, l’art islamique, la photographie et les nouvelles techniques de gravure… Son nom est associé à l’Art Nouveau. Je pense à lui, mais aussi à son frère Paul et à mon grand-père. Comme dans toutes les start-ups, il nous arrive de traverser des moments difficiles. C’est alors que je me demande : qu’auraient-ils fait à ma place ? Ils continuent de m’inspirer. »

Vever, une marque ancrée dans son temps

Présentez-nous votre équipe.

Camille Vever: « Coralie de Fontenay, une ancienne de Cartier, est mon associée. Je l’ai rencontrée à l’incubateur des Métiers d’Art lorsque je préparais la relance de la marque. Damien Vever, mon frère, directeur général, a rejoint le projet après une belle carrière chez Philips dans le marketing. Et Sandrine de Laage est notre directrice artistique après avoir collaboré avec Cartier, Harry Winston et de Beers. Notre actionnaire, Frédéric de Narp, ex-Cartier et Harry Winston, nous accompagne aussi. Ils m’apportent leur connaissance du secteur. »

Un projet éco-responsable

Vous êtes entreprise à mission ?

Camille Vever: « C’était important pour nous. C’est un projet éco-responsable qui promeut une joaillerie respectueuse de l’être et de la nature. S’inscrire dans un territoire est un point crucial. Nous utilisons le savoir-faire et le patrimoine français et travaillons avec les Meilleurs Ouvriers de France -comme Sandrine Tessier en émaillage- et de grands artisans de la place parisienne. Nos packagings sont réalisés à la main avec des matériaux recyclables. »

Vous n’utilisez que des diamants de laboratoire ?

Camille Vever: « Oui, aucune pierre de gisement. Ce sont des diamants de laboratoire qui ont exactement les mêmes propriétés et qui sont créés à Paris. Il me semblait impensable d’utiliser des diamants de mine et de ne pas avoir de transparence sur l’origine ou l’impact carbone. L’or que nous utilisons est certifié CoC (Chain of Custody), ce qui garantit sa traçabilité. »

« C’est un projet éco-responsable qui promeut une joaillerie respectueuse de l’être et de la nature. S’inscrire dans un territoire est un point crucial. Nous utilisons le savoir-faire et le patrimoine français et travaillons avec les Meilleurs Ouvriers de France. » Camille Vever, PDG de Vever

Le luxe durable: savoir tendre la main

Et un volet féminin aussi ?

Camille Vever: « Femme, Faune, Flore, ce sont nos sources d’inspiration. Il y a évidemment un volet sociétal. Récemment, nous avons aidé un joaillier libanais qui était en grande difficulté. Malgré les problèmes, j’ai tenu à ce qu’il vienne à Paris et participe à nos créations. Je suis personnellement engagée dans le programme L dans la ville qui aide des jeunes filles à s’insérer professionnellement. Je les conseille et je leur ouvre mon réseau. Je donne du temps pour cette cause. »

Vous décrivez la cliente de Vever comme une féministe ?

Camille Vever: « Elle n’a pas forcément d’âge. Elle est engagée et elle achète un bijou qui correspond à ses valeurs. Il doit être beau et avoir du sens. Nos clientes adhèrent au projet et à ses valeurs… »

À la fin de l’interview, Camille ouvre une porte dérobée dans le mur du salon et nous présente son frère, Damien. Même sourire et même chaleur immédiate. Tous deux enjoués, expliquant le logo épuré et présentant la directrice artistique qui arrive par le sas enluminé de feuille de gingko. Un air pétillant et bienveillant flotte dans la renaissance de cette maison à qui l’on promet de beaux jours.

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