Entreprendre autrement : dépolluer les mers avec Green City Organisation

Alors que la Méditerranée est la mer la plus polluée du monde, des solutions pour la rendre plus propre sont en cours de développement. L'une d'entre-elles est la D-Rain, une innovation marseillaise proposée par la société Green City Organisation co-fondée par Isabelle Gerente. Elle nous raconte son parcours d'entrepreneuse et son engagement citoyen.

Sommaire

  • Une prise de conscience écologique
  • Un engagement solidaire et systémique
  • Un parcours de longue haleine
  • Être une femme entrepreneure dans la transition écologique

Comme chaque jeudi, partez à la découverte d’un projet entrepreneurial porté par des femmes investies dans une démarche éco-sensible. Cette semaine, Isabelle Gerente co-fondatrice de Green City Organisation répond à nos questions. Elle veut faire de son entreprise un acteur de la transition écologique, proposant des solutions de protection de la mer Méditerranée. Saviez-vous que la Méditerranée est la mer la plus polluée du monde ? En effet, à chaque épisode pluvieux, les villes littorales rejettent déchets et plastiques dans la mer et, selon un rapport du WWF datant de 2018, elle serait quatre fois plus polluée que le 7ème continent, ce gigantesque îlot de déchets du Pacifique Nord. Mais alors, comment relever ce défi environnemental ? Entretien avec une femme qui cherche des solutions.

Une prise de conscience écologique

Informelles : Comment êtes-vous devenue entrepreneure ?

Isabelle Gerente : « Je suis arrivée à Marseille il y a 25 ans et l’une des premières choses que j’ai pratiqué là-bas c’est la plongée sous-marine. J’ai toujours eu un rapport particulier avec la mer, je faisais de la natation quand j’étais petite et en arrivant à Marseille je m’y suis remise.

En 2017 j’ai commencé à réfléchir à changer de carrière professionnelle car je ne trouvais plus beaucoup de sens dans ce que je faisais. J’ai passé un diplôme pour devenir scaphandrière professionnelle. Je suis donc passée d’une activité de loisirs à une activité professionnelle qui me permettait d’en vivre. A chacune de nos sorties marines avec Thierry Dubourdieu – qui est mon associé dans Green City Organisation – on constatait les dégâts de la pollution dans la mer. Mettez un masque, allez nager en mer et vous verrez ! On se disait qu’on ne pouvait pas laisser ce « cadeau empoisonné » aux futures générations. J’avais le sentiment de ne rien faire.  C’est ainsi que j’ai trouvé un sens à ma carrière professionnelle et je suis devenue entrepreneure ».

« Mettez un masque, allez nager en mer et vous verrez. » Isabelle Gerente, co-fondatrice de Green City Organisation

C’est quoi Green City Organisation ?

IG : « Green City Organisation propose des solutions de veille et de protection de la mer. Notre solution phare est la technologie D-Rain. C’est un filet « intelligent » qu’on accroche au bout d’un exutoire (conduit permettant de collecter et d’évacuer des eaux usées) pour récupérer les déchets déversés dans la mer lors de fortes pluies.

Lorsqu’un filet est plein, il fait l’effet d’un bouchon à la sortie des canaux exutoires. L’eau ne peut alors plus couler, engorgeant les égouts et provoquant des inondations, en amont, dans la ville. Notre solution utilise l’internet des objets, ainsi nous pouvons être alerté en temps réel lorsque le filet est plein. Par ailleurs, nous avons conçu une pièce qu’on appelle la « collerette » ce qui permet de décoller partiellement le filet lorsqu’il est plein et donc permettre à l’eau de s’écouler.

Les exutoires sont l’interface entre la ville et la mer : c’est là qu’on retrouve tous les polluants urbains déversés dans l’eau. C’est pour cela qu’on a aussi développé des connecteurs qui transmettent des données à nos clients sur la qualité de l’eau (acidité, polluants, température, etc). C’est très efficace car c’est autonome, cela permet d’éviter de prendre une éprouvette chaque matin, de mesurer la qualité de l’eau pour savoir si on peut, oui ou non, déployer les drapeaux verts sur la plage à 10h ».

Un engagement solidaire et systémique

Comment stopper la pollution de la Méditerranée ?

IG : « La pollution marine est un problème systémique. La Méditerranée est semi-fermée. Si tous les pays littoraux n’agissent pas, il ne se passera rien. Par exemple, on retrouve des déchets italiens sur les plages marseillaises… Et vice versa. Si on veut être efficace il faut une stratégie globale. C’est pour cela qu’on veut se déployer dans toute la région méditerranéenne ».

Comment Green City Organisation développe sa solution ?

IG : « Notre métier est de concevoir la solution, pas de la fabriquer. Nous préférons rencontrer des acteurs locaux qui ont un savoir-faire de fabrication, avec qui nous élaborons des partenariats et développer ainsi la solution dans les pays du littoral méditerranéen. Nous leur fournissons un plan de fabrication et d’exécution afin de leur permettre de vendre et développer la solution dans leur pays. La solution peut être fabriquée partout dans le monde. Grosso modo, c’est un filet de pêche équipée d’une pièce métallique spécifique, notre fameuse « collerette ». Cette pièce est brevetée. Enfin l’agencement particulier des composants du filet permet l’écoulement des eaux ».

Combien d’exutoires sont équipés aujourd’hui ?

IG : « On a équipé un seul exutoire qui est le plus gros de France, à Marseille. À chaque épisode pluvieux important, on peut récupérer dix tonnes de déchets ! C’est donc une belle vitrine. Les tests grandeur nature et les prototypes sont prêts. Nous pouvons désormais lancer la commercialisation. Nous sommes en discussion avec certains clients, certains dans le Maghreb ».

Qui sont vos clients ?

IG : « Il existe trois types de clients : il y a les gestionnaires de réseaux d’eau comme Veolia ou Suez. Ils travaillent pour le compte des propriétaires du réseau d’eau qui peuvent être des villes ou des métropoles qui leur ont délégué l’exploitation du réseau. On travaille aussi en direct pour les propriétaires. Le troisième type de client, ce sont les gestionnaires de ports et marinas. Tous ces clients sont prêts à investir dans notre projet car la pollution à des conséquences économiques pour eux. Par exemple, on ne peut pas amarrer des yachts dans un port pollué par beaucoup de déchets. C’est inadmissible ».

Un parcours de longue haleine

Comment passer de l’idée à la solution elle-même ?

IG : « Cela nous a pris deux ans. On a proposé la solution à une filiale de Suez à Marseille. Il a fallu de nombreux échanges et réunions, il a fallu qu’on s’adapte à leurs exigences : produit peu coûteux, facile d’entretien, etc. Après ce processus itératif, le prototype a finalement été validé et nous avons pu équiper notre premier exutoire à Marseille ».

Qui compose l’équipe de Green City Organisation ?

IG : « J’ai deux associés. Thierry Dubourdieu est le scientifique et technicien de l’équipe. C’est lui qui a imaginé la solution D-Rain. Un autre associé nous a rejoint, Jean-Patrick Barbera, en charge de la partie commerciale. J’ai fait une école de commerce, j’ai plutôt un profil de gestionnaire. Je m’occupe aussi de la communication. Nous sommes tous complémentaires. L’alliance de nos savoir-faire a permis de développer notre solution innovante ».

Comment avez-vous été accompagnés ?

IG : « On a intégré des accélérateurs de startups spécialisés dans la transition écologique, notamment l’incubateur « Les Ambitieuses, Tech for good ». Aujourd’hui, nous sommes suivis par le réseau Entreprendre sur le pilotage et la gestion de projet. En termes de financements, nous avons reçus des aides de l’Agence de l’eau, de Total Energie mais aussi de la région PACA. Enfin, j’ai mis toutes mes économies dans l’entreprise. Je suis pleinement engagée ».

Etre une femme entrepreneure dans la transition écologique

Les femmes sont-elles actives dans la transition écologique ?

IG : « Oui ! Les femmes ont pris à bras le corps la question environnementale ».

Quel a été l’apport des Ambitieuses ?

IG : « J’ai ressenti un sentiment d’appartenance particulier et une bienveillance que je n’avais pas perçue chez les autres incubateurs. Une vraie solidarité s’est installée entre nous. Il y a certains sujets qu’on ne pose pas forcément dans un contexte mixte comme la posture de dirigeante ou comment trouver sa place dans un environnement masculin par exemple. J’en parlais plus facilement. Pas sûre que dans une promo mixte, le sujet aurait pu être aussi facilement abordé. Je l’ai vécu comme une force, car c’était une promo dédiée aux femmes, mais nous sommes aussi entourées d’hommes. Donc on peut puiser de la richesse dans cette différence ».

Qu’est ce qui vous fait avancer ?

IG : « Le challenge, le sens de mon action… Embarquer avec moi une équipe autour de ce projet ».

Avez-vous des rôles modèles ?

IG : « Non ! Je trouve une source d’inspiration chez toutes mes interlocutrices et tous mes interlocuteurs. Quand on prend la peine d’écouter, on peut trouver en chacun.e une qualité particulière à développer chez soi-même ».

 

 

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