Une femme à la tête de Naver, le géant de la tech de Corée du Sud

Choi Soo-yeon, 41 ans, prend la présidence du géant de la Tech de Corée du Sud. Plus jeune CEO d'un groupe privé coréen, elle veut accélérer sa mondialisation.

Sommaire

  • À 41 ans, une carrière bien remplie
  • Cap sur l’international
  • Une nouvelle culture d’entreprise ?
  • Après Line, Webtoon et Zepeto
  • Un second souffle global
  • Des avancées timides
  • La Tech montre l’exemple

 

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La nouvelle PDG de Naver, Choi Soo-yeon
©Naver Corp.

À 41 ans, une carrière bien remplie

Le 14 mars dernier, les actionnaires de Naver, le géant de la tech de Corée du Sud, ont validé sans surprise le choix de Choi Soo-yeon comme CEO de l’entreprise. Cette diplômée de Harvard gérait depuis deux ans les activités internationales de Naver. À 41 ans, elle a déjà une carrière bien remplie. Elle intègre Naver -alors NHN- en 2005 après son diplôme d’ingénieur de l’université nationale de Séoul. Elle passe quatre ans à la communication et au marketing avant de retourner à l’université Yonsei pour des études de droit. Devenue avocate, elle travaille pour un cabinet avant de suivre un mastère en droit de la prestigieuse Harvard Law School en 2018. Fin 2019, la voilà de nouveau chez Naver où elle s’occupe désormais des activités internationales.

Cap sur l’international

Selon les initiés, la décision de Naver de choisir Choi Soo-yeon s’explique par la volonté stratégique de développer le groupe à l’étranger. Elle est assistée d’un nouveau CFO, lui-même passé par la Harvard Law School (mais aussi Lazard Frères et Morgan Stanley). Elle sera aussi chargée “d’accélérer l’expansion mondiale et de bâtir une nouvelle culture d’entreprise” dans le cadre de la « NAVER Transition Taskforce », indique le communiqué de presse du géant coréen. Pour le Korea Times, c’est sa mission numéro un. Le groupe ne découvre pas le monde, loin de là. Son fondateur, Lee Hae-jin, a aussi quitté son poste de président il y a quatre ans. Il diriger les investissements du groupe hors de Corée du Sud.

Une nouvelle culture d’entreprise ?

Alors que le groupe connaît des résultats records, il doit faire face à une crise interne. Les revenus d’exploitation ont bondi de 29% en 2021 pour atteindre 6,8 billions de wons (5,7 milliards de dollars) -90% réalisés en Corée du Sud- alors que le bénéfice d’exploitation augmentait de 9 % à 1,3 billions de wons (1,1 milliard de dollars). Mais le coût social semble élevé. Selon le Nikkei Asia, le suicide, en mai 2020, d’un ingénieur quadra a profondément ébranlé l’entreprise. “Une enquête menée auprès des employé.e.s a révélé des brimades et du harcèlement de la part de l’équipe de direction présente depuis les débuts de l’entreprise”. Pour le site d’informations économiques, “un fossé profond s’est creusé entre les cadres expérimentés qui ont conservé l’état d’esprit des débuts et les jeunes employés à la recherche d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée”. La nouvelle PDG devra combler ce fossé…

Après Line, Webtoon et Zepeto

Au-delà de ses frontières, Naver a développé avec succès Line -l’un des concurrents de WhatsApp en Asie lancé au Japon en 2011- Webtoon mais aussi Zepeto, une plateforme de services pour le metavers. « Naver va se transformer en un incubateur de nouveaux services qui ont vocation à dépasser Line, Webtoon et Zepeto, des marques mondiales développées par les cadres et les employés de Naver », explique la nouvelle CEO dans son message d’intronisation. Line compte environ 200 millions d’utilisateurs actifs mensuels. C’est un énorme succès au Japon et sur des marchés comme Taiwan ou la Thaïlande. Il est désormais exploité par Z Holdings, une coentreprise créée par Naver et le groupe japonais Softbank. De son côté, la plateforme Zepeto attire quelque 300 millions d’utilisateurs mensuels.

Le succès planétaire des webtoons

Enfin, Webtoon compte près de 85 millions d’utilisateurs actifs mensuels. Plus de 10 millions sont en Amérique du Nord. Pour accélérer sa croissance, Naver a fait de sa filiale américaine, Webtoon Entertainment, le cœur de son réseau mondial de mangas numériques ou webcomics à partir de Los Angeles. Depuis 2020, elle contrôle Naver Webtoon, la filiale en Corée du Sud, et Line Digital Frontier, une filiale de Line Manga basée au Japon. Comme l’explique le Financial Times dans un article récent, “les webtoons, bandes dessinées conçues pour être lues sur un smartphone, sont la dernière exportation culturelle de la Corée du Sud en dehors d’Asie après le succès mondial des superstars de la K-Pop BTS et la sensation Netflix Squid Game”. “Toutes les activités de Naver sont conçues dès l’origine pour le marché mondial et l’objectif final est de devenir global”, ajoute Choi.

 

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Après BTS, les webtoons ?
Erin Hooley/Chicago Tribune/TNS/ABACAPRESS.COM

Un second souffle global

Un des piliers en termes d’investissements futurs est le développement des services liés au cloud, notamment en Asie du Sud-Est, l’Indonésie et le Vietnam étant cités comme les marchés prioritaires. Les groupes coréens de l’Internet, confrontés à la concurrence sur leur marché domestique, sont à la recherche d’un second souffle sur les marchés étrangers. Ils sont aussi sous la menace de lois plus restrictives. Un projet de loi est à l’etude au Parlement qui vise à empêcher les grandes plateformes Internet d’exploiter les PME. Kim Beom-su, le président-fondateur de Kakao, l’un des réseaux sociaux les plus populaires dans la péninsule, vient de démissionner de son poste pour se consacrer à l’internationalisation de sa plateforme. Kakao est la sixième plus grosse entreprise de Corée avec une capitalisation boursière de 37 milliards de dollars, derrière Naver avec une valorisation de 40 milliards. 

« Toutes les activités de Naver sont conçues dès l’origine pour le marché mondial et l’objectif final est de devenir global. » Choi Soo-yeon, nouvelle CEO de Naver

Des avancées timides

La nomination de Choi Soo-yeon fait partie d’une tendance en faveur d’une plus grande diversité des conseils d’administration des grands groupes coréens. Sous la pression des autorités, le nombre de femmes administrateurs externes a augmenté au sein de ces conseils d’administration (45 sur 104). Mais celles-ci n’ont qu’un rôle consultatif. “Les entreprises dont les actifs dépassent 2 000 milliards de wons (1,62 milliard de dollars) doivent avoir au moins une femme à leur conseil d’administration. Une nouvelle loi sur les marchés des capitaux entrera en vigueur en août, obligeant les entreprises à recruter davantage de femmes au sein de leurs conseils d’administration”, explique le Korea Herald. Malgré cela, les grandes entreprises coréennes comptent encore très peu de femmes à des postes de PDG ou de membres exécutifs dans les conseils d’administration. Il n’y a que 2 femmes sur les 73 postes.

La Tech montre l’exemple

Parmi les dix conglomérats qui dominent l’économie coréenne, il n’y a encore que deux femmes CEO qui ne sont pas liées à la famille actionnaire  : Lee Yu-kyung, qui dirige Entob du groupe Posco; et Kim Eun-hee, CEO de Hanwha Station Development. Les groupes de la tech semblent être leaders du changement et de l’émancipation. Choi de Naver est ainsi la plus jeune femme CEO et rejoint Chung Shin-a est, CEO de Kakao Ventures, et Kim Chul-yeon, co-CEO de KT Corp. (ex-Korea Telecom).

 

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