Le Festival d’Angoulême 2022 se teinte de rose : un trio de tête féminin et une grande gagnante

Un trio de tête féminin est une première pour le Grand Prix du Festival de la BD d'Angoulême qui se déroule du 17 au 20 mars 2022. Découvrez les dessinatrices sélectionnées (et la gagnante 2022) et trois autres pépites choisies par la rédaction, au sein de la sélection officielle.

Sommaire

  • Trois femmes finalistes au Grand Prix d’Angoulême, Julie Doucet sacrée
  • Tunnels, de Rutu Modan (Actes Sud BD)
  • Walk me to the corner, d’Anneli Furmark (Ça et Là)
  • Pucelle, tome 2 : Confirmée, de Florence Dupré la Tour (Dargaud)

Trois femmes finalistes au Grand Prix, Julie Doucet sacrée

Haut les cœurs : pour la première fois au Festival d’Angoulême (du 17 au 20 mars 2022), le trio de finalistes au prestigieux Grand Prix, qui récompense un artiste pour l’ensemble de son œuvre, se composait de trois femmes. Pénélope Bagieu (Les Strates, Sacrées sorcières, Culottées…), Catherine Meurisse (passée par Charlie Hebdo, autrice notamment de La légèreté…), et la Québécoise Julie Doucet (Time Zone J en avril 2022, Dirty Plotte…). C’est cette dernière qui, à 56 ans, vient d’être sacrée. Parmi les pionnières de l’autobiographie en bande dessinée, l’artiste alternative se revendique « féministe jusqu’au bout des ongles », dans un courriel adressé au Monde.

Un trio non-mixte, certes, mais qui réjouit tant ce Grand Prix est excessivement masculin. Pour rappel, en 2016, les trente nominés étaient des hommes. Accusé de sexisme, menacé de boycott par des auteurs en compétition et des éditeurs, le Festival avait alors proposé une seconde liste, incluant des auteures. La récompense avait été décernée au célèbre auteur belge Hermann.

A côté du Grand Prix, des expositions (dont une consacrée à Aude Picault, auteure qui se plaît à raconter le quotidien des femmes), des déambulations entre les stands pour des dédicaces, ateliers et conférences, la 49e édition du Festival international de la BD d’Angoulême est aussi l’occasion de lire (ou relire) les BD en compétition officielle. Il s’agit de bandes dessinées publiées en français (quel que soit le pays d’origine) diffusées dans les librairies francophones entre le 1er décembre 2020 et le 30 novembre 2021. Informelles vous partage son top 3 féminin, 100% subjectif.

1. Tunnels, de Rutu Modan

Grande figure de la BD israélienne, Rutu Modan utilise la ligne claire (style emblématique d’Hergé, l’auteur de Tintin) pour nous raconter, dans Tunnels (Actes Sud), une histoire à la fois drôle et grave, mêlant aventure et enjeux politiques. Nilli, une archéologue vivant à Jérusalem, mère du jeune Doc, nous emmène sous terre, au niveau de la frontière israélo-palestinienne, à la recherche de l’Arche d’Alliance. Ce coffre mythique et sacré est censé renfermer les tables de la Loi (les Dix Commandements). Son équipe rencontre alors des passeurs clandestins palestiniens…

Un vrai plaisir de lecture – rythmé, piquant, expressif. Pour l’anecdote, l’autrice fait jouer sa BD par de vrais acteurs (crédités à la fin de l’album) qu’elle prend en photo avant de dessiner. Un procédé qu’elle avait déjà utilisé pour La Propriété (Actes Sud, 2013).

 

2. Walk me to the corner, d’Anneli Furmark

Autrice qui fait rayonner la BD suédoise, Anneli Furmark peint avec Walk me to the corner (Ça et Là) un coup de foudre lesbien entre deux quinquas – Elise et Dagmar – toutes deux mariées (l’une à un homme, l’autre à une femme). Avec un trait aussi appuyé que tendre, des ombres et lumières au service de la complexité des sentiments, et une narration intimiste, c’est la contagion émotionnelle assurée avec Elise, le personnage placé au centre. Cette mère de deux enfants, mariée depuis deux décennies à Henrik, nous emmène subrepticement au-delà d’un canevas que l’on pensait (à tort) un peu plat, grâce à ce roman graphique éblouissant de douceur et de justesse.

3. Pucelle, tome 2 : Confirmée, de Florence Dupré la Tour

C’est en cinquante nuances de rose que Florence Dupré la Tour chronique l’éclosion du désir adolescent, dans une famille catholique où parler de sexualité n’est pas envisageable. « J’ai choisi le rose, couleur de Barbie et du sang », avait-elle expliqué à Télérama à la sortie du tome 1 de Pucelle : Débutante (Dargaud) en 2020. Son style aux allures enfantines, exécuté d’une main de maître, ne doit pas faire oublier la crudité du propos. L’excitation sexuelle, la gêne et la honte, les tourments de la culpabilité sur fond de morale judéo-chrétienne, la propagande anti-avortement, les premières règles et autres déceptions qui accompagnent généralement la découverte de la condition féminine par une jeune fille. Avec une pincée d’optimisme, tout de même.

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