Halimi à la plage, les 7 combats d’une femme engagée

Catherine Valenti et Jean-Yves Le Naour reviennent dans "Halimi à la plage. La femme engagée dans un transat") sur la vie et les principaux combats de Gisèle Hailimi.

Sommaire

  • Halimi, une femme qui dit non
  • Le poids de son enfance
  • Avocate engagée anti-colonialiste
  • Le combat pour Djamila Boupacha
  • 1972, le procès de Bobigny
  • 1978, le viol en accusation
  • S’engager en politique
  • Le combat pour la parité

Gisèle Halimi

Halimi, une femme qui dit non

Nul doute que l’avocate féministe, Gisèle Halimi, serait repartie au front pour dénoncer ces « lendemains qui déchantent » pour les femmes. La décision historique de la Cour suprême des Etats-Unis aboutissant à « l’annulation du droit à l’avortement » l’aurait fait redescendre dans l’arène des combattantes.

Mais Gisèle Halimi a disparue en 2020 et son parcours rappelle l’importance du droit et des décisions de justice dans les avancées des droits des femmes. Catherine Valenti et Jean-Yves Le Naour reviennent, dans un ouvrage biographique publié aux éditions Dunod (« Halimi à la plage. La femme engagée dans un transat »), sur les sept grands combats -dont certains procès historiques- d’une « rebelle, d’une femme qui a dit non ».

Le poids de son enfance

« Juive, pauvre, colonisée et femmes ». Zeiza Gisèle Halimi naît en Tunisie en 1927 dans un milieu modeste. Son premier combat, elle le mène contre les préjugés et les discriminations au sein de sa famille. Son père, Edouard, voulait un garçon et sa mère, Fritna, la dédaigne. Toute sa vie, Gisèle restera « frustrée de tendresse maternelle ». Et sa mère devient un anti-modèle, son destin est de se taire et de servir les hommes, Gisèle, elle, aura le verbe haut et se battra pour les femmes…

Sa révolte contre la religion et par les livres la mène à l’émancipation, et à Paris en 1945, alors qu’elle n’a que 18 ans. Elle vient de conquérir sa liberté mais doit faire l’expérience d’un avortement douloureux. « Les hommes jouissaient et condamnaient, les femmes devaient se débrouiller. Et cela non plus ce n’était pas juste », écrivent Catherine Valenti et Jean-Yves Le Naour.

Avocate engagée anti-colonialiste

Diplômée, elle revient en Tunisie et s’inscrit au barreau de Tunis en 1949. Elle rencontre Paul Halimi, se marie -une « connerie », dira-t-elle. Naissent deux enfants : Jean-Yves en 1952 et Serge en 1955. Divorce, nouvel avortement… Elle fait l’expérience de la double charge de travail des mères qui travaillent mais aussi de la misogynie des palais de justice.

A partir de 1952, elle plaide en faveur des militants indépendantistes tunisiens et « découvre les ressorts d’une justice coloniale qui recherche moins la vérité que l’exemple ». Revenue à Paris, et alors que débute la guerre en Algérie, elle devient « une avocate engagée, constamment sollicitée dans les procès des militants indépendantistes algériens », appelée aussi « la pute du FLN ». C’est la bête noire de l’OAS et des colons français. Elle est menacée de mort en raison de son combat anti-colonialiste…

Le combat pour Djamila Boupacha

En 1960, elle défend Djamila Boupacha, une jeune femme de 22 ans arrêtée pour avoir posé une bombe à Alger, bombe qui n’explose pas. Elle est torturée, violée par les militaires. Gisèle Halimi décide de la défendre et de faire de son procès celui de la torture en Algérie. Elle réfléchit à une stratégie qui va devenir sa marque de fabrique dans les années qui suivent : la médiatisation du procès, « la stratégie de l’opinion publique » et la mobilisation des intellectuels.

Elle rencontre ainsi Simone de Beauvoir qui s’engage à ses côtés en publiant une tribune dans Le Monde en juin 1960. En avril 1962, sauvée par l’indépendance de l’Algérie, Djamila Boupacha est finalement libérée. De ce combat, date l’amitié avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. Elle tombe amoureuse de Claude Faux, secrétaire de l’intellectuel de gauche. Il devient « son ami, son amant, son lieutenant » et finalement son mari. Un garçon, Emmanuel -futur journaliste- naît en 1964.

Gisèle Halimi

Gisèle Halimi reçoit la Légion d’honneur en 2006 / Photo by Mousse/ABACAPRESS.COM

1972, le procès de Bobigny

Déçue par Mai 68 – trop masculin à ses yeux – elle s’engage dans un féminisme instinctif puisant dans “son expérience de petite fille corsetée dans les traditions”. Elle signe le manifeste des 343 publié par le Nouvel Observateur le 5 Avril 1971, 343 femmes affirmant avoir avorté en violation de la loi. Le droit à l’avortement fait irruption dans le débat public.

En 1972, elle prend la défense d’une jeune fille – poursuivie pour avortement à la suite d’une dénonciation par son violeur – ainsi que de “sa mère, de deux collègues qui l’ont aidée et de l’avorteuse”!  Les deux procès de Bobigny – toutes les plaignantes sont relaxées – vont inscrire la question de l’avortement dans l’agenda politique. Le jugement “est un pas irréversible vers un changement de loi”, déclare Gisèle Halimi. Deux ans plus tard, la loi Veil – qui légalise l’avortement – est votée par l’Assemblée nationale, validée par le Sénat et promulguée en janvier 1975. L’avocate vient de remporter un nouveau combat pour les femmes.

« Nous ne voulons pas vivre dans un monde de femmes seules, nous voulons vivre avec les hommes, et nous voulons que nos rapports changent. » Gisèle Halimi, plaidoirie au procès d’Aix-en-Provence, mai 1978

1978, le viol en accusation

Après la légalisation de l’avortement, l’avocate va s’attaquer à la criminalisation du viol. « D’un triste fait divers, Gisèle Halimi va de nouveau faire un procès emblématique qui, une fois de plus, changera l’histoire », écrivent Catherine Valenti et Jean-Yves Le Naour. Elle prend la défense de deux femmes belges violées par trois hommes dans le Sud de la France. La justice considère qu’elles sont consentantes alors même qu’elles condamnent les trois violeurs pour coups et blessures.

Gisèle Halimi s’engouffre dans les contradictions de la justice et les incohérences d’une loi presque centenaire. Après deux ans et demi de procédures, et de mobilisation médiatique, les trois violeurs sont condamnés. Les parlementaires s’emparent du sujet et trois propositions de loi sont déposées. Il faudra deux ans pour qu’un texte soit enfin envoyé à l’Assemblée nationale et adopté en avril 1980. Le viol est enfin strictement défini. Gisèle Halimi a atteint son but.

S’engager en politique

Elle fait de la politique sans le savoir « en prenant le pays à témoin et en forçant les parlementaires et les gouvernements à changer les lois ». Mais cela ne lui suffit pas. Elle s’essaye en politique, sans succès, aux législatives de 1967. En mars 1978, elle décide de porter les couleurs du féminisme au travers de son association Choisir. Plus de quarante candidates défendent un Programme commun des femmes (« La politique est une chose trop sérieuse pour être laissée aux hommes ! »). Mais c’est un échec complet.

En 1981, elle appelle à voter pour le candidat Mitterrand. Soutenue par le PS, elle est élue comme candidate féministe à l’Assemblée nationale. « Je suis une femme qui entre à l’Assemblée, mais j’entre à l’Assemblée avec une voix de féministe, ce qui n’était jamais arrivé« , déclare-t-elle. Désillusionnée par la politique politicienne, elle est « exfiltrée » à l’UNESCO comme ambassadrice de la France à la fin 1982. Elle y reste cinq ans. Son combat politique de  l’intérieur n’a pas été à la hauteur de ses espérances.

Le combat pour la parité

Le féminisme n’a plus le vent dans le dos et ses têtes de proue sont divisées. Gisèle Halimi s’oppose à la prostitution, à la pornographie et à l’idée même de mère porteuse. Pour elle, une « femme voilée » est une « femme violée ». « Observant le phénomène #MeToo et le féminisme 2.0, elle considère que cette nouvelle libération de la parole est sympathique mais qu’elle ne va pas très loin », indiquent les auteurs.

A la fin de sa carrière, « elle se consacre à un combat essentiel, la mère des batailles en quelque sorte : la parité en politique ». Il durera dix-huit ans. Avec l’aide d’autres femmes politiques, dont Roselyne Bachelot, Gisèle Halimi se mobilise en faveur de quotas. Après moultes péripéties, la Constitution est modifiée en juillet 1999 et une loi – favorisant « l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux » – est votée l’année suivante. Les partis qui ne jouent pas le jeu doivent payer des amendes. En 1993, 6% des députés sont des femmes. En 2022, elles sont 37%.   

Elle souhaite aussi que s’impose en Europe les droits des femmes les plus avancées, une harmonisation des législations par le haut. En février 2010, en sa présence, l’Assemblée nationale adopte le principe de la clause de « l’Européenne la plus favorisée », son ultime victoire.

 

 

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