Joséphine Baker introduite au Panthéon: une vie liée à l’Histoire

Le 30 novembre prochain, 84 ans jour pour jour après sa naturalisation française, Joséphine Baker va être intronisée au Panthéon. L’occasion de revenir sur le parcours riche de cette icône du XXe siècle. 

Sommaire

  • Enfance et music-hall
  • La France, tournant dans sa carrière d’artiste
  • Joséphine Baker inspire l’intelligentsia parisienne
  • Le chant de la partisane
  • Symbole d’émancipation et de solidarité
  • L’engagement civique de l’artiste
  • La reconnaissance d’une vie

Elle était chanteuse, actrice, danseuse, résistante, activiste… Joséphine Baker était un vrai symbole d’émancipation féminine au XXe siècle. Très rapidement confronter à la réalité de la ségrégation raciale Joséphine Baker fait le choix de s’exporter en France en 1925. Paris reconnaît le talent de l’artiste dès son arrivée. Elle s’insère d’abord dans les stéréotypes racistes avant de profiter de sa visibilité pour exploser. Reconnaissante envers la nation qui lui a permis de briller, Joséphine Baker fait le choix de s’engager auprès de l’armée France durant la Seconde Guerre mondiale. Un engagement et une reconnaissance réciproque puisque 46 ans après sa mort, Joséphine Baker va être intronisée au Panthéon le 30 novembre 2021.

Enfance et music-hall

Élevée dans une famille pauvre de Saint-Louis, Joséphine Baker de son vrai nom Freda Josephine McDonald doit rapidement s’adapter à la difficile réalité du quotidien des Afro-Américains au début du XXe siècle. Très tôt, la jeune Joséphine est obligée de parvenir aux besoins de sa famille en exerçant des travaux domestiques pour subvenir aux besoins de sa famille. Responsabilisée dès le plus jeune âge, Joséphine Baker est aussi rapidement liée à un homme. Elle se marie à Willie Wells, un ouvrier fondeur à l’âge de 13 ans. Trois ans après cette union, Joséphine, danseuse depuis son plus jeune âge quitte son mari et s’installe à New York alors qu’elle rêve d’illuminer Broadway. Elle débute sa carrière, après plusieurs désillusions, en interprétant un rôle important dans un music-hall de la 63e rue, le Daly’s 63rd Street Theatre.

« Pourquoi je suis devenue danseuse ? Parce que je suis née dans une ville froide, parce que j’ai eu très froid durant toute mon enfance, parce que j’ai toujours désiré danser au théâtre » Joséphine Baker, propos recueillis par Marcel Sauvage en 1949

 

La France, tournant dans sa carrière d’artiste

Alors qu’elle multiplie les expériences à Broadway, la jeune Joséphine fait une rencontre déterminante dans sa carrière. Au cours de l’année 1925, elle est membre du Plantation club. C’est alors qu’elle rencontre Caroline Dudley Reagan, épouse de l’attaché commercial de l’ambassade américaine à Paris, Donald J. Reagan. Caroline est séduite par l’artiste, mise sur elle et lui offre 250 dollars par semaine pour la suivre en France. Joséphine accepte et traverse l’Atlantique pour devenir la vedette d’un spectacle parisien : la revue nègre. Joséphine Baker remplit le Théâtre des Champs-Élysées à chaque représentation de son spectacle uniquement composé d’artistes noirs. Elle danse le charleston à moitié nue dans un décor de savane et s’insère totalement dans la stigmatisation de la communauté afro-américaine de l’époque. Qu’importe, Paris et la France la séduisent. À cet effet, elle déclare : « Je me suis sentie libérée à Paris ».

« Je me suis sentie libérée à Paris.« Joséphine Baker

En 1927, Joséphine Baker lance sa carrière de chanteuse. Elle rencontre Gisueppe Abattino son nouvel impresario et conjoint qui impressionné par son talent lui dédie un club: Chez Joséphine. Il organise par la suite la tournée mondiale de la chanteuse en 1928. L’ascension de Joséphine Baker est fulgurante.

Joséphine Baker inspire les auteurs

Après la Première Guerre mondiale, l’esthétique dite « nègre » devient à la mode dans la capitale parisienne. Joséphine Baker, symbole de ce renouveau attire les regards. Paul Morand, écrivain de l’époque, aurait été inspiré par la native de Saint-Louis, une des huit nouvelles de Magie Noire. Des cinéastes de renom comme Marc Allégret mettent en scène l’artiste de music-hall. C’est ainsi que Joséphine Baker tient le premier rôle du long-métrage Zouzou, sorti en 1934 avec Jean Gabin. Plus tard, elle connaît également un succès de renom avec Fifine, film dont elle est l’interprète de la bande originale.

Le chant de la partisane

La carrière d’artiste de Joséphine Baker est indéniablement freinée par la Seconde Guerre mondiale, mais ce n’est pas pour autant que Joséphine Baker arrête de chanter pour la France. En 1939, l’interprète commence à interpréter ses musiques pour les soldats Alliés au front avant de s’investir davantage dans le combat. À la fin de l’année 1939, Joséphine Baker prend part au service de contre-espionnage français. Elle devient une agent de l’armée. Investie dans sa mission, elle obtient même des renseignements sur les intentions du dictateur italien Mussolini. Joséphine Baker dissimule également des messages dans ses partitions musicales pour venir en aide aux troupes françaises. Après l’ascension musicale vient l’ascension militaire puisque l’agent de contre-espionnage devient sous-lieutenant de l’armée de l’air en 1943. Baker, après la libération du 8 mai 1945 chante en Allemagne pour les prisonniers et les déportés libérés des camps.

Symbole d’émancipation et de solidarité

La vie de Joséphine Baker est rythmée par les actions héroïques et les engagements qu’elle a menés. Très tôt d’abord, l’artiste est militante du mouvement de Renaissance de Harlem. Un regroupement d’abord littéraire né aux États-Unis durant l’Entre-deux-guerre qui avait pour but l’émancipation des Noirs américains contre la ségrégation raciale. Élargi artistiquement, le mouvement regroupe des chanteurs, penseurs et danseurs comme Duke Ellington, Louis Armstrong ou Alain Locke.

« Est-il honorable à l’heure actuelle, qu’en Amérique – dans des villes des U.S.A. qui se flattent d’être à l’avant-garde pour tout le progrès -, à partir d’une certaine heure, le soir, les juifs et les nègres ne puissent sortir de leurs maisons, qu’ils soient relégués, comme des pestiférés, sous peine de représailles plus ou moins couvertes par des lois honteuses d’elles-mêmes?  Je suis du côté des « niggers »« . Joséphine Baker, propos recueillis par Marcel Sauvage en 1949

L’engagement civique de l’artiste

En 1955, Baker amplifie en Europe la vague d’indignation américaine suite au meurtre du jeune Afro-Américain Emmett Till. Les deux assassins, acquittés, avouent le crime sans aucun remord après leur acquittement. En 1964, Joséphine retourne aux États-Unis et apporte son soutien au mouvement de Martin Luther King. À cet effet, elle marche au côté du pasteur en 1963 à Washington. Elle s’exprime également sur le devant de la scène, habillée de son ancien uniforme de l’Armée de l’air française et de ses médailles de résistante.

La reconnaissance d’une vie

Le 30 novembre 2021, Joséphine Baker deviendra la première femme noire à être intronisée au Panthéon français. Initiée par le philosophe Régis Debray en 2013, cet hommage à l’artiste et à la résistante Joséphine Baker a également été soutenu par la pétition Osez Joséphine au Panthéon. De nombreuses personnalités publiques ont pris part à cette pétition, parmi elle l’animateur de télévision Stéphane Bern, l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, mais aussi la chanteuse Nicoletta ou encore l’essayiste Laurent Kupferman. Le 30 novembre, toute une nation, et de nombreux américains, rendront hommage à Joséphine Baker pour son engagement indéfectible auprès du pays qui aura fait de l’artiste, une véritable héroïne de l’Histoire.

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