Portrait de femme: Joan Didion, icône et observatrice fine de la société américaine

Joan Didion est morte le 23 Décembre des suites de la maladie de Parkinson. Auteure des œuvres à succès « Sloutching Towards Bethlehem » (1968), « Plays at it lays », Didion est une figure de proue du nouveau journalisme. Retour sur la vie d’une écrivaine qui a su dépeindre les bouleversements de la société américaine.

.Sommaire

  • Dès l’enfance, une personnalité hors du commun
  • Chroniqueuse de la société américaine contemporaine
  • Une écriture politique pour soulever les fragilités sous jacentes de la société américaine
  • Récits autobiographiques, un exutoire à sa peine

Dès l’enfance, une personnalité hors du commun

Didion est née à Sacramento, dans la capitale de l’Etat Californien en 1934. Petite fille très colérique, un médecin suggère à sa mère de lui trouver un exutoire. « Mon premier carnet d’écriture était un grand format relié offert par ma mère accompagné du conseil pertinent selon lequel je ferais mieux de cesser de me plaindre et d’apprendre à me divertir en couchant mes pensées sur le papier » explique-t-elle dans le documentaire Netflix sorti en 2017 « Le centre ne tiendra pas ».

Son premier texte relate l’histoire d’une femme qui pense mourir de froid dans la nuit glaciale arctique alors même qu’elle se trouve dans le désert du Sahara ou elle mourra de chaud avant midi. « J’ignore ce qui a pu se passer dans la tête d’une petite de fille de 5 ans pour raconter une histoire aussi ironique et exotique » s’étonne-t-elle dans le documentaire.

En 1956, elle obtient son diplôme de l’Université de la Californie à Berkeley, juste après avoir remporté un concours d’écriture organisé par Vogue. Installée à New York, elle travaille pour le célèbre magazine pendant sept ans.

Son premier roman, « Run, River » (Une saison de nuits), paraît en 1963. John Gregory Dunne, un confrère et auteur, l’aide au cours de son processus d’édition. Ils emménagent ensemble, se marient, puis partent pour la Californie.

Les dérives de la société américaine

Pour gagner sa vie, Didion rédige des articles pour de nombreux magazines. Alors qu’elle est engagée à écrire des chroniques régulières pour le Saturday Evening Post, le rédacteur en chef lui suggère d’envoyer ses chroniques pour en faire un recueil. Elle les classent de manière astucieuse et sort « Slouching Towards Bethlehem » en 1968. Ce recueil décrit ses expériences en Californie dans les années 60. Son style s’inscrit dans l’école du nouveau journalisme, aussi connu sous les noms de « journalisme littéraire » et de « littérature du réel ». Le principe étant d’écrire des articles qui se lisent comme des romans. Une grande partie de ce recueil est écrit lors de son séjour à San Francisco ou elle plonge au cœur du mouvement hippie et montre l’envers du décor. Les chiffres parlent d’eux mêmes. Le nombre de suicides, d’alcooliques et de drogués explosent sein d’un mouvement qui prône bonheur et joie de vivre.

Ces chroniques remarquées ont été saluées par le New York Time qui lui offre alors une visibilité accrue. Ecrire l’histoire de son époque de manière aussi « souple, modulable et nuancée qu’un récit de fiction, est une prouesse que personne avant elle n’avait su faire » explique David Hare le directeur de Playwright.

En 1971, Didion et son mari John Gregory Dunne co-écrivent « The panic in Needle Park » qui sera adapté au cinéma par le réalisateur Jerry Schatzberg. L’histoire relate de la descente aux enfers d’un couple tombé dans la drogue. Le film connait un fort succès. Kitty Winn incarne le personnage d’Helen Rogers et reçoit le prix de la meilleure actrice de l’année au festival de Cannes. Jerry Schatzberg est nominé pour la palme d’or.

Une écriture politique

Une fois de plus, l’auteure démontre son talent pour soulever les problématiques contemporaines de son pays. Elle prend le pouls de la société lorsqu’elle s’empare de l’affaire de la joggeuse de Central Park.

En 1991, elle est la première journaliste à émettre des doutes dans les médias de masse quant à la culpabilité des Central Park Five. Affaire dans laquelle cinq hommes noirs et latinos sont condamnés à tort en 1990 pour l’attaque et le viol d’une femme blanche, et disculpés en 2002. Dans un essai écrit pour le New York Review of Book, Joan Didion met à mal le dossier monté par la procureure dans cette affaire hypermédiatisée.

Quelques années plus tard, Joan Didion décide de vivre à New York avec son mari John Gregory Dunne et s’essaie au journalisme politique. En 2001, elle publie « Political Fictions ». L’auteure fait état d’une déconnexion de la classe politique envers leurs électeurs, prémices du mandat de Donald Trump selon plusieurs observateurs.

Récits autobiographiques, un exutoire à sa peine

« Tout ce que je connais de la grammaire, c’est son pouvoir infini. Changer la structure d’une phrase altère le sens de cette phrase, aussi sûrement et inflexiblement que la position d’un appareil photo joue sur le sens de l’objet photographié ». Joan Didion

En 2003, John Gregory Dunne est foudroyé par une crise cardiaque, à l’âge de 71 ans. Joan Didion est anéantie. C’est de nouveau dans l’écriture qu’elle trouve un exutoire à sa peine. Elle écrit « The Year of Magical Thinking », un essai autobiographique publié en 2005 qui traite du deuil de son mari, mais aussi de la prise en charge de leur fille unique, très malade. Cette dernière meurt peu avant la parution du livre qui lui a entre autres valu le prix Pulitzer, le National Book Award et le prix Médicis.

Didion a inspiré toute une génération de journalistes par la perspicacité de ses développements et par la qualité de sa prose. Elle écrit dans une tribune pour le New York Time en 1976 : « Tout ce que je connais de la grammaire, c’est son pouvoir infini. Changer la structure d’une phrase altère le sens de cette phrase, aussi sûrement et inflexiblement que la position d’un appareil photo joue sur le sens de l’objet photographié ».

L’exactitude de l’information est mise à mal aujourd’hui. Un constat dont nous sommes nombreux dans le métier à observer…

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