L’Interview Informelle: Jenny Cho, l’entrepreneure qui surfe sur la vague coréenne

Pour la semaine de l'entrepreneuriat, Informelles a interviewé Jenny Cho, 29 ans, CEO et co-fondatrice de Say Global Inc. en Corée du Sud.

Sommaire

  • Soft power coréen au service des seniors
  • Donner du sens à sa vie
  • L’entrepreneuriat féminin en Corée
  • La patineuse Yuna Kim comme modèle
  • Faire partie d’une communauté globale

 

Avec ses deux associés, Quan Nguyen (CMO) et Yongmin Cho (COO), Yeon Jeong (Jenny) Cho crée en janvier 2017 Say Global. Ils ont tous vécu à l’étranger -la moitié de sa vie aux Etats-Unis pour Jenny- et ont assisté à la popularité croissante de la culture coréenne sur la scène globale. De retour au pays, tout en travaillant, ils s’investissent dans des projets caritatifs et se rendent compte qu’il y a un vrai problème de société : la difficile reconversion des retraités.

Soft power coréen au service des seniors

“Il y a beaucoup de gens en Corée qui partent à la retraite à 55 ans -ou qui sont parfois même forcés de quitter leur job à la cinquantaine. En général, ils n’ont pas réfléchi à la suite”, raconte Jenny Cho. “Pour nos parents et grands-parents, c’est un sujet d’inquiétude. J’ai pensé apporter une solution en utilisant le succès de la culture coréenne à l’étranger, ce que l’on appelle Hallyu (litt. la vague coréenne), et permettre à des jeunes retraités de s’épanouir et de gagner de l’argent”, explique la jeune présidente de Say Global.

Avec ses deux partenaires, elle décide de mettre en relation des “jeunes” retraités coréens avec des étudiants étrangers qui souhaitent apprendre le coréen. “Au début, c’était juste un petit projet caritatif. Puis nous avons décidé de professionnaliser la démarche, de nous transformer en entreprise à mission et de former les professeurs. Say, ce sont les initiales de Senior and Youth”.

Donner du sens à sa vie

A 24 ans, Jenny se lance donc dans l’aventure entrepreneuriale malgré l’incompréhension de son entourage. “Je leur ai dit que plus je commençais jeune, plus j’avais l’opportunité de rebondir dans l’hypothèse d’un échec. Cela les a convaincus”, remarque-t-elle. “Avoir ma propre start-up me permet d’apprendre des choses que je ne pourrais jamais acquérir ailleurs, et il vaut mieux commencer quand on est jeune. Si l’on échoue, on peut toujours faire autre chose !”, s’amuse-t-elle avant d’ajouter : “on n’est jamais prête à 100%. Si vous envisagez tous les risques potentiels, vous ne vous lancerez jamais !”

Elle est déterminée et veut faire quelque chose qui ait un sens. “Après l’université, j’ai travaillé à la Citibank dans la banque d’investissement. J’ai appris beaucoup et cela m’a permis d’avoir accès à des dirigeants de grandes sociétés. J’ai adoré mais quelque chose manquait. Je ne suis pas une activiste, je n’ai pas une conscience politique ou sociale mais je voulais juste apporter de l’aide aux personnes qui m’entourent”, ajoute-t-elle.

« Avoir ma propre start-up me permet d’apprendre des choses que je ne pourrais jamais acquérir ailleurs. Il vaut d’ailleurs mieux commencer quand on est jeune. Si l’on échoue, il est toujours possible de faire autre chose !«  Jenny Cho, CEO de Say Global Inc.

L’entrepreneuriat féminin en Corée

La Corée n’offre pas de soutien particulier aux femmes qui souhaitent créer leur start-up. Pourtant Jenny n’a jamais rencontré de difficultés majeures, notamment en matière de financement. “Trois-quatre mois après le lancement de la société, nous avons levé des fonds -environ 40,000 dollars- après avoir présenté une version test de la plateforme. En 2020 une autre levée de fonds nous a permis de développer l’application mobile. Je suis maintenant à la recherche d’investisseurs stratégiques pour nous aider à devenir un acteur important de l’edtech coréenne”, raconte celle qui pointe le faible nombre de femmes à la tête des entreprises. 

“Je me souviens qu’en 2017, nous avons déménagé dans le premier immeuble que WeWork a ouvert à Séoul. Nous étions encore peu nombreux. Mais le monde des start-ups a beaucoup changé en cinq ans. Au début, peu de monde savait ce qu’était une start-up à mission. Nous sommes maintenant dans une zone qui est connue pour héberger de nombreuses sociétés similaires”, indique-t-elle.

“La pandémie a permis à des plateformes d’éducation comme la nôtre de se développer. Et le succès planétaire de BTS et, plus récemment, de Squid Game a un impact direct sur notre business. Nous avons actuellement 1,500 étudiants dont plus d’un tiers aux Etats-Unis, et 22 professeurs qui sont tous très passionnés. Le mois dernier, l’une d’entre elles a donné 200 heures de cours, c’est extrême ! 2021 sera une très bonne année pour Say Global”, explique Jenny Cho.

La patineuse Yuna Kim comme modèle

Des rôles modèles ? “Je n’en ai pas dans le monde du business. C’est Yuna Kim qui m’a le plus inspirée à l’instar de nombreuses jeunes filles coréennes. Elle est la première athlète médaillée olympique de Corée dans sa discipline (NDLR médaille d’or aux JO de Vancouver en 2010, et argent aux JO de Sotchi en 2014). Elle nous a montré que l’on pouvait faire ce que personne n’avait réussi jusque-là en travaillant dur. Depuis sa retraite sportive, elle donne de son temps et prodigue ses conseils aux jeunes générations”, raconte, admirative, Jenny Cho qui, elle-même, conseille entre huit et dix jeunes entrepreneures.

« Le succès planétaire de BTS et de Squid Game a un impact direct sur notre business. Nous avons actuellement 1,500 étudiants dont plus d’un tiers aux Etats-Unis! » Jenny Cho, CEO de Say Global Inc.

Faire partie d’une communauté globale

Jenny est la seule Coréenne à avoir été sélectionnée par le programme Cartier Women’s Initiative en 2019. “J’ai appris l’existence du programme par ma mère qui a vu un article dans un magazine”, raconte la CEO de Say Global. “J’ai été invité à San Francisco et les dix jours que j’y ai passés ont été un tournant dans ma vie. J’ai rencontré d’autres entrepreneures, j’ai pu échanger avec elles. C’était la première fois que je faisais une présentation devant un jury international. Je suis devenue membre d’une communauté globale qui continue de me soutenir. Le jour de la cérémonie, mes parents qui étaient venus ont enfin compris pour la première fois que je faisais quelque chose de sérieux, de significatif (rires) !”.

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