Lire, voir, écouter: les trois choix d’Informelles de ce week end du 29 janvier 2022

Des femmes artistes utilisent différentes palettes pour explorer leurs émotions : la photo pour Chieko Shiraishi; la soul psychédélique pour Sarah Williams White; le documentaire pour Nadine Trintignant et l'écriture pour Nathalie Azoulai... Un weekend introspectif en perspective.

Sommaire

  • Lire : Ozu et nous, Nathalie Azoulai dialogue avec Serge Toubiana
  • Voir : Deux regards féminins
  • Ecouter : Unfathomable (Insondable), Explorations sonores et voix soul

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Ozu et nous, Nathalie Azoulai dialogue avec Serge Toubiana

Nathalie Azoulai, la romancière, dialogue par écrit avec Serge Toubiana, l’objet de leurs échanges est Yasujirō Ozu, le cinéaste du quotidien japonais. Tous deux partagent en effet une même fascination pour son œuvre et passent en revue à tour de rôle 21 de ses films de Choeur de Tokyo en 1931 au Goût du saké, son dernier film en 1962, en passant par le célébrissime Voyage à Tokyo (1953). C’est l’histoire du Japon des années 30 aux années 60, un pays qui se modernise, qui nous est contée à travers cet échange passionnant.

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Un peintre des femmes japonaises ?

Se confirme aussi la position d’un Yasujirō Ozu en peintre de femmes japonaises qui luttent pour leur émancipation dans le cadre d’une société patriarcale et encore très traditionnelle. « Je ne crois pas me tromper en écrivant qu’Ozu fit le pari que la société japonaise traditionnelle évoluerait par et pour les femmes, et qu’elle leur accorderait davantage de libertés et de responsabilités, et surtout le choix de tomber amoureuses, plutôt que d’obéir aux injonctions familiales », écrit Serge Toubiana. Nathalie Azoulai lui rétorque qu’elle a plutôt vu des « filles et (des) femmes qui se plient en deux devant leur père, leurs époux et les amis de leurs époux » ! (sic)

Ozu fit le pari que la société japonaise traditionnelle évoluerait par et pour les femmes », Serge Toubiana

Chacun analyse en ping pong les principaux films d’Ozu, s’interroge sur ses visées et tente d’analyser, au travers de son œuvre, cette entité que l’on appelle Japon. Nathalie Azoulai se demande : Sont-ils comme nous ? Son esprit oscille entre d’un côté l’aspect universel-humain et de l’autre un “exotisme” inquiétant. De cette tension naît cet attrait pour le cinéma d’Ozu et pour le Japon.

La romancière, lauréate du prix Medicis 2015, joue le rôle du candide alors que le spécialiste du cinéma Serge Toubiana, ancien critique aux Cahiers du cinéma et directeur de la Cinémathèque française, apporte son éclairage érudit. Un livre à parcourir en prenant aussi le temps de (re)voir les œuvres sélectionnées, toutes disponibles en DVD ou sur les plateformes de streaming.

Ozu et nous, arléa, 19€

 

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Deux regards féminins

Il faut profiter des derniers jours de l’exposition « À la frontière des songes » pour (re)découvrir l’univers en clair-obscur de la photographe japonaise Chieko Shiraishi. La galerie Écho 119 -fondée par Noëlle Colin- a réuni dans une subtile installation deux séries de l’artiste : Shimakage (litt. L’Ombre des Îles) et Shikawatari (litt. La Traversée des Cerfs). Dans la première, Chieko Shiraishi nous ouvre les portes d’un Japon urbain réenchanté par sa maîtrise d’une technique ancienne dite zokin-gaze (litt. essuyage au chiffon). « J’applique de la peinture à l’huile sur les tirages pour ensuite en enlever progressivement à l’aide d’un chiffon », explique Chieko Shiraishi. Pour Noëlle Colin, « sa technique de développement est exceptionnelle et le traitement des photos par le zoki-gake donne à chaque œuvre une personnalité propre et une dimension supplémentaire ».

Pour Shikawatari, Chieko Hiraishi a suivi et photographié des cerfs et des biches dans l’immensité de la nature d’Hokkaido, l’île au Nord du Japon. « Dans cet environnement angoissant de la pandémie, je voulais partager un peu de paix et de sérénité de cette nature », remarque-t-elle.

Devenue photographe par hasard lors d’un voyage en Asie du Sud -« un compagnon de route m’avait prêté un appareil et j’ai commencé à prendre des photos »- Chieko Shiraishi s’engage dans cette voie à son retour au Japon. Elle passe entretemps un an à Dharamsala, ville touristique où est installé le Dalaï Lama et le gouvernement tibétain en exil.

Depuis elle poursuit une œuvre originale, éditant ses livres à compte d’auteur et bénéficiant du soutien de librairies et galeries indépendantes. Depuis quelques années, son travail est enfin reconnu à l’étranger. Noëlle Colin « constate un véritable engouement » depuis l’ouverture de l’exposition à l’automne dernier.« Mon travail n’est pas forcément compris au Japon, je suis plus apprécié à l’extérieur », indique-t-elle. La galerie expose des œuvres de l’artiste à fotofever du 11 au 13 février.

Galerie Écho 119, 119 rue Vieille du Temple, 75003 Paris

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Un autre regard, plus poignant celui-ci, est celui de Nadine Trintignant sur sa fille dans un documentaire disponible sur Arte.tv. Dix-huit ans après le drame et la disparition tragique de Marie Trintignant, sa mère cinéaste lui adresse une lettre d’amour posthume. Elle dresse son portrait et lie le sort de Marie à celui de toutes les femmes battues.

« Marie Trintignant. Tes rêves brisés », de Nadine Trintignant sur Arte.tv jusqu’au 25 avril. 

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Manifestation hommage Marie Trintignant in 2003 ©ABACApresse

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Explorations sonores et voix soul

Sarah Williams White, « enfant de la ville avec un cœur de hippie », se définit aussi comme une « créatrice de chansons atypique ». Elle est remarquée lors de la sortie de son premier album, Of The New World, en novembre 2015. Elle le produit seule dans son propre studio chez elle avec l’aide de son mari. Basée dans le South London, cette multi-instrumentiste écrit, compose, chante et s’aventure alors dans les territoires de la soul underground. …

Six ans après, sortie d’une maternité, cette artiste totale vient d’accoucher de son nouvel album Unfathomable (Insondable). Il sort chez First Word Records, label de la nouvelle vague anglaise mélangeant les genres et les cultures. Jazz ? Néo-pop avec des réminiscences de Kate Bush ? Soul psychédélique ? Cet album inclassable est, selon l’artiste, une fuite, une échappée dans la nature. Coïncidence, c’est aussi ce que propose la photographe Chieko Shiraishi dans Shikawatari. Un bel opus à découvrir et une artiste à suivre de très près…

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