Lire, voir, écouter: les trois choix d’Informelles ce week end du 10 décembre

Une réunion de trois femmes engagées dans leurs religion qui donne un livre, une artiste anglaise majeure, Jenny Saville, à Florence et un podcast qui célèbre les artistes femmes: voici la nouvelle sélection de la rédaction d'Informelles pour égayer ce week end de décembre. Artistes, journalistes, auteures, réalisatrices... découvrez la culture sous un autre jour.

Sommaire

  • Lire : trois femmes et leurs religions
  • Lecture critique des écritures à l’aune du deuxième millénaire
  • Voir : le « Grand Tour » de Jenny Saville à Florence
  • Un parcours d’exception dans la ville de la Renaissance
  • Ecouter: la place des femmes artistes dans l’Histoire

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Trois femmes et leurs religions

Lors d’émission radiophonique en mars 2019, une pasteure, une rabbine et une imane se rencontrent à l’antenne. Il s’agit d’Emmanuelle Seyboldt, de Floriane Chinsky et de Kahina Bahloul. La première s’inscrit dans la nouvelle tradition des femmes pasteures initiée par Elisabeth Schmidt en 1936 et préside le conseil national de l’Église protestante unie de France. La seconde a cherché sa voie dans une tradition judaïque fermée aux femmes, qu’elle a trouvé grâce à la synagogue Massorti et au rabbin Krygie. Elle est rabbin depuis 2005. La troisième parcourt le chemin d’un Islam libéral et pacifiant à travers son projet d’association cultuelle, La Mosquée de Fatima. Depuis leurs premiers échanges, elles se lient et participent à plusieurs célébrations ensemble. Puis, à la demande de l’éditeur des Arènes, Jean-Baptiste Bourrat, elles se réunissent le temps d’une semaine, pour raconter leurs histoires singulières, leur expérience du choix religieux, échanger leurs points du vue et leurs visions sur la théologie et les écritures, comprendre la place de la femme dans leur religion respective – on découvrira alors que Marie est une prédicatrice pour l’Islam, que le droit d’héritage s’est élargi aux femmes avec le Coran, que la prédication des femmes, quelle que soit leur religion, est un long chemin de patience.

« Se demander si les textes religieux sont féministes ou misogynes est une question qui relève de la malhonnêteté intellectuelle. (…) Elle est complètement anachronique. Kahina Bahloul, imane

Lecture critique des écritures à l’aune du deuxième millénaire

Toutes soulignent que les écritures sont devenues anachroniques pour mettre en lumière la position de la femmes aujourd’hui. Comme le souligne Kahina Bahloul, “se demander si les textes religieux sont féministes ou misogynes est une question qui relève de la malhonnêteté intellectuelle. (…) Elle est complètement anachronique”. Ce à quoi Floriane Chinsky ajoute: « dans le procès de la pensée sexiste, il est trop facile de mettre les religions sur le banc des accusés ». Elle continue en demandant : « Cela nous détourne de la vraie question:où en sommes-nous aujourd’hui et comment contribuons-nous aux avancées encore nécessaires? » Ceci-dit, elle admet: « les femmes évoluent évidemment dans une société patriarcale – ce qui ne signifie par que le Judaïsme en soutiennent les inégalités. Reste de que le contexte historique était celui-là ». Elles reprennent des passages de leurs textes religieux et les mettent en situation face au monde actuel et aux regards que l’on porte sur les femmes dans le monde.

“Dans le procès de la pensée sexiste, il est trop facile de mettre les religions sur le banc des accusés. Cela nous détourne de la vraie question: où en sommes-nous aujourd’hui et comment contribuons-nous aux avancées encore nécessaires?” Floriane Chinsky, rabbin

En sept jours, elles bâtissent autant de chapitres de ce livre qui les réunit, comme autant de questions auxquelles tentent de répondre. Le tout avec un langage accessible, simple et à la fois documenté par plusieurs passages des écrits sacrés. Un livre de chevet lumineux et bienveillant.

Des femmes et des dieux, Editions Les Arènes, 19,90€

Voir 

Le « Grand Tour » de Jenny Saville à Florence

On la compare souvent à Lucian Freud, on la rapproche d’un Francis Bacon. En effet on la considère l’héritière de cette école anglaise du figuratif expressionniste. Jenny Saville, jolie femme blonde que l’on verrait plutôt arpenter les cocktails de ses bonnes manières, est en revanche une artiste majeure, au geste sûr et expressif, au regard acéré sur les misères humaines, – migrants, femmes entravées, corps alourdis de grossesse ou de plis. Ses corps, justement, contorsionnés, ses chairs vives et denses, son réalisme cru et un peu morbide l’inscrit certainement dans cette mouvance anglaise d’un réalisme presque outrancier. Néanmoins son geste la distingue, une certaine empathie de l’être, une douceur qui caresse les traits, qui anime les regards. Il n’en reste pas moins, qu’à l’instar de ses aînés, elle est aujourd’hui l’artiste femme la plus chère au monde de son vivant, (en novembre 2018 son Propped, une huile sur toile a été vendue 12,4 millions de dollars par Sotheby’s).

Un parcours d’exception dans la ville de la Renaissance

Depuis fin septembre et ce jusqu’au 20 février 2022, les œuvres de Jenny Saville ont investi plusieurs grands musées de Florence pour entamer un dialogue avec les ors et les tableaux de la Renaissance : au Palazzo Vecchio, elle expose un enchevêtrement de corps nus dans le grand salon des 500, face aux célèbres batailles entre les villes de Toscane de Giorgio Vasari. Au Musée di Casa Buonarroti, ce sont des dessins plus intimistes, au fusain surtout, qui s’animent dans la simplicité du lieu. Au Duomo c’est le portrait d’un jeune migrant, puis au Musée des Innocents son « Mothers » tutoie les Della Robbia et, enfin, au Musée du Novecento, Rosetta, une jeune aveugle, et d’innombrables autres personnages habitent les lieux. En tout, ce sont plus de 200 tableaux de l’artiste anglaise qui sont disséminés dans la ville d’art grâce à la curation orchestrée par Sergio Risaliti, directeur du musée du Novecento, en partenariat avec  MUS.E et Gagosian, sa galerie attitrée. Un extraordinaire itinéraire artistique à découvrir sans tarder.

Jenny Saville in Florence, infos : www.museonovecento.it

Ecouter

Les femmes artistes et l’Histoire

France Culture revient dans une série d’émission (Histoires de femmes artistes, lutter pour créer) sur la vie de quatre artistes femmes, la plupart oubliées puis récemment redécouvertes comme la peintre du XVIIe siècle Artemisia Gentileschi, Alice Guy qui inventa le cinéma moderne au début du XXe siècle ou Anni Albers du Bauhaus qui fit du tissage un art à part entière. Pour l’historienne Camille Morineau, « on a moins regardé, moins commenté, moins acheté [les œuvres de] femmes dans les musées. (…) Elles ne sont donc pas rentrées dans un marché et n’ont pas eu droit à ce circuit de la reconnaissance qui est très important pour tous les artistes. »

A écouter sur le site de France Culture.

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