Parité : le rapport Piketty qui détaille l’inégalité de revenus hommes-femmes

La parité de salaires deviendra-t-elle une réalité? Selon le dernier rapport du World Inequality Lab (WIL) publié mardi, aucune région du monde n'a encore atteint l'égalité salariale entre les hommes et les femmes. Par ailleurs, celles-ci devraient aussi gagner 50 % de tous les revenus du travail, dans un monde idéal. Où en est-on de ce long chemin? On vous décrypte le rapport en question.

Sommaire

  • L’état actuel de la rémunération hommes-femmes dans le mode
  • Le travail domestique, un frein dans l’ascension de la carrière d’une femme ?
  • En Europe, l’inégalité des salaires ne doit plus être injustifiable

Le nouveau rapport de La World Inequality Lab codirigé par les économistes Thomas Piketty, Lucas Chancel, Gabriel Zucman et Emmanuel Saeza a été publié mardi 7 décembre et se présente comme une synthèse exhaustive sur les inégalités mondiales au sens large.

Plus spécifiquement, le cinquième chapitre « Half the sky? The Female Labor Income Share in a Global Perspective » est quant à lui dédié aux inégalités de revenus entre les hommes et les femmes dans le monde. Les économistes ont pris la décision de mesurer l’écart de rémunération entre les sexes de manière pondérée. Ainsi, l’écart des revenus entre les hommes et les femmes prend en compte les différences d’éducation, de niveau d’expérience et de profession et ne compare donc que la rémunération des hommes et des femmes présentant des caractéristiques similaires sur le marché du travail.

L’état actuel de la rémunération hommes-femmes dans le monde

D’après le rapport de la World Inequality Lab, aucun pays n’a pour le moment atteint la parité homme-femme en termes de rémunération. La part des revenus du travail perçue par les femmes a augmenté dans la quasi-totalité des régions du monde, mais elle reste loin de la parité. Elle est passée de 30,6% en 1990 à 34,7% en 2020. Cela signifie que les hommes s’approprient environ 65,3% du revenu total du travail, soit près de 2/3 de celui des femmes.

En Europe, la situation est légèrement meilleure: la part des revenus du travail des femmes est estimée à 39% et la variabilité entre les pays est relativement faible, alos que les États-Unis et le Canada affichent des parts  similaires de 38-39%. Les pays d’Amérique latine semblent afficher une certaine homogénéité, avec une moyenne de 35% allant de 26% au Guatemala à 42% à la Barbade. En Afrique subsaharienne la valeur moyenne est de 28%. Les pays asiatiques affichent une moyenne beaucoup plus faible, de l’ordre de 27%.

La Chine, qui était plutôt bonne élève jusqu’à présent, enregistre une diminution de cette part de revenus, passant de 39 % en 1991 à un peu plus de 33 % en 2019. Enfin, la région du Moyen Orient et des pays d’Afrique du Nord présente la part de revenu des femmes la plus faible avec une valeur de 15%.

Le travail domestique, un frein dans l’ascension de la carrière d’une femme ?

Si les Etats-Unis et la France ont une forte représentation des femmes dans le monde du travail,  ils sont à la traîne en ce qui concerne leur présence dans les postes à haut revenu. Comme le souligne le rapport de la WIL en guise de comparaison, « le Brésil, le Costa Rica et l’Espagne montrent une plus grande part de femmes dans les 10% et 1% des salariés les plus riches ». Ces chiffres mettent en lumière l’existence d’un plafond de verre toujours présent qui empêchent les femmes d’accéder aux postes les plus rémunérateurs, quasiment tous pays confondus.

Les facteurs qui expliquent ces écarts sont nombreux et parmi ceux-ci, figure le fait que les femmes consacrent beaucoup plus de temps que les hommes aux tâches ménagères, selon les enquêtes menées sur les emplois du temps. Bien que ce temps dédié aux travaux domestiques soit très variable d’un pays à l’autre, cette tendance semble être vraie dans toutes les régions. Aux Etats-Unis par exemple, la rémunération est indexée sur les longues heures de travail passées dans les emplois de direction. Ce que de nombreuses femmes ne peuvent faire en raison de la garde des enfants et du travail effectué chez elles. Une raison de plus pour leur rendre inatteignable la parité aux postes les plus rémunérateurs.

Ailleurs encore, les législations du travail imposent aux femmes de nombreuses restrictions (heures de travail et secteurs), notamment au Moyen-Orient, afin qu’elles puissent assurer l’essentiel de leurs tâches parentales.

« Il est tout simplement impossible de justifier que les femmes continuent de gagner beaucoup moins que leurs homologues masculins. Grâce à l’accord intervenu aujourd’hui au Conseil, l’UE franchit une étape importante dans la lutte contre la discrimination salariale et la suppression de l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes. » Janez Cigler, ministre du travail, de la famille, des affaires sociales et de l’égalité des chances en Slovénie

En Europe, l’inégalité des salaires ne doit plus être injustifiable

En Europe, les femmes gagnent en moyenne par heure 14% de moins que leur homologue masculin. Les raisons de cet écart sont multiples : les secteurs à rémunération faible sont à majorité occupés par des femmes (soin, éducation), elles sont sous-représentées aux postes les plus élevés et, dans certains cas, les femmes gagnent moins que les hommes pour un travail identique ou de même valeur.

Lundi 6 Décembre, le conseil de l’Europe a alors arrêté sa position en faveur de la transparence des rémunérations pour mettre fin aux inégalités de salaires existantes entre les hommes et les femmes.
« Il est tout simplement impossible de justifier que les femmes continuent de gagner beaucoup moins que leurs homologues masculins. Grâce à l’accord intervenu aujourd’hui au Conseil, l’UE franchit une étape importante dans la lutte contre la discrimination salariale et la suppression de l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes. » a rapporté, Janez Cigler Kralj, ministre du travail, de la famille, des affaires sociales et de l’égalité des chances en Slovénie.

Les Etats membres ont convenu que les entreprises doivent donner accès à leurs salariés aux critères qui définissent leur rémunération et leur progression de carrière. Les entreprises, dont les effectifs comptent au moins 250 employés, doivent fournir à leurs travailleurs et leurs représentants, des informations telles que l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes au sein de leur organisation.
Dans les cas où les données de rémunération communiquées font apparaître un écart de rémunération d’au moins 5 % entre les hommes et les femmes, les employeurs devront procéder à une évaluation conjointe des rémunérations avec les représentants de leurs travailleurs pour justifier que leur rémunération est due à des critères objectifs et non sexistes.

À la suite de l’accord intervenu entre les États membres, le Conseil peut désormais entamer des négociations avec le Parlement européen (dès qu’il aura adopté sa propre position sur le dossier) afin de parvenir à un accord sur un texte final. Une vraie avancée dans la transparence et un enjeu pour l’Europe. Cette proposition agit dans la continuité de la loi du 4 août 2014 qui existe déjà en France, mais qui n’est peut-être pas toujours appliquée?

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