Portrait d’artiste: Geneviève Asse

La grande artiste Geneviève Asse s’en est allée discrètement le 11 août dernier, à l’image d’une carrière qui sera restée finalement à l’ombre de ses illustres pairs Olivier Debré ou Nicolas de Staël. Un paradoxe alors qu’elle avait fait de la lumière le thème central de sa création.

Sommaire

  • Une artiste entre ciel et mer
  • Une place à part
  • La rencontre avec Morandi
  • Vers l’abstraction
  • Une reconnaissance tardive

Une artiste entre ciel et mer

Née à Vannes en 1923, Geneviève Asse est influencée par une enfance passée dans la presqu’île de Rhuys dans le Morbihan. Ses paysages et sa couleur particulière lui inspireront des toiles d’un bleu que l’on qualifie de  “bleu Asse” à l’instar d’Yves Klein et de son bleu si particulier. “Cela m’a apporté beaucoup d’être née dans ce climat”, disait-elle avant de remarquer sur le ton de la plaisanterie d’être “arrivée entre le bleu du ciel et le bleu de la mer”.

Mais le critique Philippe Dagen indique que « son art ne se réduit pas au « bleu Asse », si reconnaissable et émouvant soit-il. Moins montrée, mais non moins remarquable est l’autre part de sa création : ses estampes ».

Geneviève Asse

Cliché Musées de Vannes

Une place à part

Résistante dans les FFI, elle s’engage ensuite dans la 1ere division blindée comme ambulancière et participe aux campagnes d’Alsace et d’Allemagne et à la liberation des camps. Après la guerre, elle se consacre à la peinture. Mais jusqu’en 1959, ce sont des années de vaches maigres : « À Paris, nous étions privés de tout, bien sûr, et nous faisions des queues interminables, les pieds dans la neige, pour un bout de pain ». En 1947, elle expose son premier tableau, Nature morte mandoline au Salon des moins de trente ans. Sa première exposition personnelle a lieu en 1954 à la galerie Michel Warren (Paris).

La rencontre avec Morandi

Elle produit des œuvres d’inspiration cubiste et collabore avec des maisons de couture pour la création de tissus afin de gagner sa vie. Puis la reconnaissance arrive à la fin des années cinquante. Elle expose, est invitée à l’étranger et son travail attire l’attention de quelques collectionneurs. En 1961, elle rencontre le peintre italien Giorgio Morandi qui sera pour elle une référence centrale avec Chardin et Corot. “Il y a une qualité que j’admirais beaucoup chez lui. C’est la ferveur… Morandi peint au-delà de l’objet, au-delà de la peinture”, déclare-t-elle en 1989.

Vers l’abstraction

A partir de la fin des années soixante, elle s’oriente vers l’abstraction et le bleu, son bleu-gris, envahit son œuvre une décennie plus tard (“Je ne fais qu’un avec cette couleur”). En 1980, il devient sa couleur exclusive, “bleu, il prend tout ce qui passe”, explique-t-elle. En 1988, une première rétrospective a lieu au Musée d’art moderne de la Ville de Paris qui consacre sa place dans l’art contemporain français. 

On dit d’elle qu’elle est l’une des plus grandes représentantes de « l’abstraction épurée ». « Je suis plus un peintre instinctif qu’un peintre qui prémédite les choses. Je peins d’un seul coup. Ainsi le dessin et la peinture forment un tout, ce n’est jamais morcelé, distinctif », explique-t-elle dans une interview en 1989.

« Il y a une qualité que j’admirais beaucoup chez lui. C’est la ferveur… Morandi peint au-delà de l’objet, au-delà de la peinture. »  Geneviève Asse, artiste

Geneviève Asse

Cliché Musées de Vannes

Une reconnaissance tardive

A la fin de sa vie, Geneviève Asse partage son temps entre Île Saint-Louis et l’Île-aux-Moines. En 2012, elle fait don d’une partie de ses toiles au Centre Pompidou qui lui consacre une exposition l’année suivante. Interrogée sur cet hommage tardif, elle répond : “il serait temps car j’ai 90 ans !” Le Musée des Beaux-Arts La Cohue de Vannes, ville natale de l’artiste à qui elle avait fait don d’une partie de sa collection, consacre depuis 2013 son premier étage aux œuvres de Geneviève Asse.

Elle s’est éteinte en août 2020 à 98 ans trois semaines avant que ne s’achève une grande exposition que le Centre Pompidou consacrait à toutes ses femmes -méconnues ou mal connues- “qui ont fait l’abstraction”.

Partager cette publication

Informelles a besoin de vous!

A trois associés- Olivia Strigari, Yves Bougon et Mickaël Berret -  on a réalisé un rêve un peu fou: créer un média économique indépendant pour les femmes actives, pour avoir un impact sur l’égalité femme-homme, pour briser le plafond de verre et l’isolement des femmes managers, insuffler l’esprit de sororité parmi toutes celles qui œuvrent au quotidien, pour les inspirer avec des portraits de leurs paires, pour partager leurs expériences, leurs coups de gueule et de tête, pour les accompagner pas à pas dans leur aventure. Celle d’être une femme épanouie et libre.

Ce rêve est désormais en ligne, à un an de son lancement. Avec un nouvel outil génial qui œuvre pour la presse indépendante: la plateforme Jaimelinfo qui permet de faire des dons défiscalisés aux médias qui vous tiennent à cœur. Alors si vous partagez notre démarche et avez envie de contribuer à l’avancée de la parité, n’hésitez pas à nous soutenir ! Votre don sera défiscalisé à 66% et, en plus, réduira vos impôts!

Pour agir concrètement et faire que l’indépendance financière des femmes soit une réalité et l’entrepreneuriat féminin facilité…

Soutenez Informelles.media, la presse libre et indépendante pour l’empowerment féminin!

Donate