Présidentielle: que proposent vraiment les candidats pour les droits des femmes ?

Ce mercredi 20 avril, un sondage réalisé par Ifop révèle que pour la moitié des françaises Marine Le Pen serait plus féministe qu’Emmanuel Macron. Un résultat qui la place largement devant celui de son concurrent jugé féministe par seulement 30% des femmes interrogées. Les résultats de ce sondage sont-ils révélateurs de leur programme ? Décryptage.

Sommaire

  • Le RN et la cause des femmes, le point d’interrogation du programme
  • Un féminisme qui cache d’autres intentions
  • L’égalité femme-homme, peu présente au sein du Rassemblement National
  • Quel bilan peut-on tirer du quinquennat d’Emmanuel Macron ?
  • Des moments qui ont noirci le tableau
  • La lutte pour le droit des femmes ne semble pas être au cœur des préoccupations

La lutte pour les droits des femmes était l’une des grandes causes du quinquennat du président sortant, Emmanuel Macron. Néanmoins, si des progrès ont été réalisés au cours de ces cinq dernières années, les mesures restent encore insuffisantes selon de nombreuses associations féministes. D’ailleurs, d’après une enquête réalisée du 11 au 13 avril 2022 par l’Ifop auprès de 1089 femmes inscrites sur les listes électorales, « seules » 30% d’entre elles considèrent Emmanuel Macron comme féministe.

En face, sa concurrente à l’élection présidentielle, Marine Le Pen, convainc plus avec 49% des femmes interrogées qui la jugent féministe. En effet, la candidate a profité de la campagne pour afficher une posture féministe plus affirmée « Notre pays est prêt » à élire « une femme à l’Elysée » avait-elle annoncé lors de son meeting à Perpignan le jeudi 7 avril. Elle se présente comme une candidate sensible à la « cause des femmes ». Ses discours sont ponctués par des questions relatives au harcèlement de rue, aux difficultés financières des mères isolées ou encore aux « déserts gynécologiques ». Mais alors, à moins de deux jours de l’élection présidentielle, que proposent vraiment les candidats pour les droits des femmes ? Font-ils de cette cause un affichage ou une réalité ?

Le RN et la cause des femmes, le point d’interrogation du programme

Parmi les dix-neuf livrets thématiques présents sur le site de la campagne présidentielle de la candidate, aucun n’est consacré aux femmes. En effet, très peu de mesures sont mentionnées. Les femmes sont évoquées dans le livret « famille » autour de la GPA (gestion pour autrui) et des mesures pour encourager la natalité. La présidente du Rassemblement National plaide également pour la protection des femmes dans le livret « sécurité » contre les agressions et contre l’islamisme qui repose en partie sur « l’inégalité entre les hommes et les femmes » peut-on lire dans son programme.

Un féminisme qui cache d’autres intentions

La lutte contre les « harceleurs » occupe alors une large place dans son programme. Elle propose de les inscrire aux fichiers des délinquants sexuels. Mais pour l’association « Osez le féminisme » Marine Le Pen « parle rarement de l’ensemble des violences faites aux femmes, préférant suggérer que ce sont les étrangers qui sont la cause de ces violences en jouant sur les stéréotypes », souligne l’association pour France 24. Par ailleurs dans une récente tribune publiée ce vendredi 22 avril dans le journal Le monde, Elisabeth Moreno, et ses prédécesseures, Nicole Ameline, Laurence Rossignol et Najat Vallaud-Belkacem affirment que la candidate « instrumentalise le combat féministe à des fins politiciennes ».          

L’égalité femme-homme, peu présente au sein du Rassemblement National

De manière générale, peu d’initiatives pour les droits des femmes ont été menées et encouragées par le Rassemblement National.
En 2018, le jour de l’adoption de la loi dite Schiappa visant à renforcer la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, le député RN Ludovic Pajot s’abstient, tandis que les cinq autres, dont Marine Le Pen, sont absents. De la même manière, les députés du parti n’ont pas pris part au vote de la loi Rixain sur l’égalité professionnelle, promulguée en décembre dernier. Mais la reconnaissance de l’endométriose comme affection longue durée proposée par « La France Insoumise », elle a été votée par le député RN, Nicolas Meizonnet.

Quel bilan peut-on tirer du quinquennat d’Emmanuel Macron ?

De son côté, le président sortant et candidat LREM (La République en Marche) souhaite renouveler le thème de l’égalité femmes-hommes comme la « grande cause » de son prochain mandat. Selon lui, « beaucoup de choses doivent continuer de bouger » affirmait-il lors de l’événement sur l’« égalité professionnelle entre les femmes et les hommes en Europe », le 8 mars dernier. En effet de nombreuses associations saluent un certain nombre d’avancées comme les lois Rixain et Schiappa ou encore l’allongement à 28 jours du congé paternité, de la reconnaissance de l’endométriose comme affection longue durée et de la lutte contre la précarité menstruelle. Mais pour d’autres comme l’association « Osez le féminisme », les démarches du quinquennat vont dans le bon sens mais « jamais assez loin ».

Les lois Rixain et Schiappa, les deux réformes phares du quinquennat

La loi Rixain agit en faveur de l’égalité professionnelle en instituant un quota de 40% au sein des comités de direction des entreprises d’au moins 1000 salariés. Elle impose à la BpiFrance (banque publique d’investissement) plus de mixité au sein des comités de sélection des projets et la publication des données genrées en matière d’aides et d’accès aux prêts. De même que pour les jurys de sélection des écoles de l’enseignement supérieur qui doivent maintenant être mixtes avec au moins 30% de femmes en leur sein et publier les statistiques relatives à la répartition par sexe des élèves pour chacune de leurs formations.

La loi Schiappa lutte contre les violences faites aux femmes avec des mesures comme l’allongement de vingt à trente ans du délai de prescription des crimes de nature sexuelle ou violente commis sur des mineurs. Elle prévoit aussi la mise en place du délit d’outrage sexiste ou encore l’alourdissement des peines pour les abus sexuels commis sur des personnes mineures.

Des moments qui ont noirci le tableau Macron

La promotion au ministère de l’Intérieur de Gérald Darmanin en juillet 2020, alors que celui-ci était accusé de viol décrédibilise fortement l’image du gouvernement. Les révélations sur les agressions sexuelles commises par Nicolas Hulot, anciennement ministre de la transition écologique et solidaire au sein du parti LREM, a également fait émerger de nombreuses revendications accusant le président de faire du « féminisme washing ».

Quel programme pour le président sortant ?

Le 17 mars 2022, Emmanuel Macron a présenté son programme. Il prévoit plusieurs mesures dont la réintroduction des mathématiques au tronc commun de terminale. Absentes depuis la réforme du bac, le nombre de filles qui étudient les mathématiques au lycée a connu une chute vertigineuse. Le président sortant veut aussi doubler le nombre d’enquêteurs spécialisés dans les violences intrafamiliales et envers les femmes. Le nombre de policiers passerait alors de 2000 à 4.000. Enfin, comme le prévoit la loi, Emmanuel Macron s’engage à faire appliquer les sanctions financières encourues par les entreprises n’ayant pas adopté de mesures pour réduire l’écart salarial femmes-hommes.

« Je regrette que nous n’ayons pas pu parler davantage de l’égalité femme-homme. » Emmanuel Macron

La lutte pour le droit des femmes ne semble pas être au cœur des préoccupations

D’après le sondage Ifop, la lutte pour les droits des femmes n’est pas réellement un enjeu prédominant. La thématique des femmes n’apparait qu’en 9ème position sur douze chez les électrices. La santé, le pouvoir d’achat et la sécurité occupent le top trois des enjeux. Par ailleurs la thématique n’a pas été abordée lors du débat de l’entre deux tour ce que regrette Emmanuel Macron. « Je regrette que nous n’ayons pas pu parler davantage de l’égalité homme-femme » exprimait-il mercredi soir sur TF1.

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