Roberta Metsola, néo-Présidente du Parlement européen, en 10 points

Élue le 18 janvier à la tête du Parlement Européen, l'euro-députée maltaise de 43 ans, Roberta Metsola, ne fait pas l'unanimité. Entre ses positions conservatrices anti-IVG et sa défense des droits LGBTQ+, voici le portrait de Roberta Metsola en dix points clés.

Sommaire

  • 1- À l’origine de son engagement politique
  • 2- Une carrière européenne
  • 3- Une députée multi-task
  • 4- La vice-présidence du Parlement européen
  • 5- Élue à une date symbolique
  • 6- Des mobilisations à son encontre
  • 7- Son engagement progressiste pour les LGBTQ+, les médias et l’immigration
  • 8- Une abstention pour les violences faites aux femmes
  • 9- Une position controversée sur l’IVG
  • 10- Contre la corruption maltaise
  • Réputation sulfureuse de Malte

Après deux présidentes françaises, Simone Veil, de 1979 à 1982, et Nicole Fontaine de 1999 à 2002, une troisième femme a été élue le 18 janvier 2022 à la tête du Parlement européen. Roberta Metsola, conservatrice maltaise de 43 ans, membre du Parti populaire européen (PPE, droite et centre droit), est le nouveau visage de l’Europe. L’euro-députée, mariée à un Finlandais dont elle porte le nom et mère de 4 enfants, a obtenu la majorité dès le premier tour du scrutin, avec 458 votes sur 705 députés que compte le Parlement.

Néanmoins cette désignation interroge, tant certaines prises de position de Metsola divisent l’opinion. Son opposition à l’IVG et son abstention lors d’un vote concernant les violences faites aux femmes contrastent avec son soutien à la communauté LGBTQ+. 

1- À l’origine de son engagement politique

Dès ses premières années universitaires, Roberta Metsola s’engage en politique. Alors qu’elle étudie à l’université de Malte en 2003, puis au Collège d’Europe à Bruges en 2004, la jeune avocate de formation adhère à l’organisation des Étudiants démocrates européens. Elle devient secrétaire de l’organisation étudiante du Parti populaire européen, considérée comme la plus grande organisation politique de jeunes en Europe. 

2- Une carrière européenne

Ambitieuse, la jeune Roberta entame très vite une carrière dans la politique européenne. Elle est tout d’abord chargée de la justice et des affaires intérieures au sein de la représentation permanente de Malte auprès de l’Union européenne, de 2004 à 2012, avant d’être promue brièvement conseillère juridique au Service européen d’action extérieure les deux années suivantes. Puis elle devient députée européenne en 2013, en remplacement de Simon Busuttil, élu au Parlement maltais. Représentante du Parti nationaliste de l’île, elle siège au sein du Parti populaire européen et devient alors l’une des premières femmes élues maltaise au Parlement européen.

3- Une députée « multi-task »

Déterminée à peser dans les nombreux débats publics européens, Roberta Metsola prend part à de nombreuses commissions, dont la dernière en date -pour laquelle elle sera aussi coordinatrice-  celle des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, ce qu’indique son profil Linkedin. Auparavant, la députée multiplie les délégations et les rapports sur les sujets de migrations, de régulations des médias et sur les droits fondamentaux, notamment en Pologne, et se fait ainsi une place sur l’échiquier politique européen. 

4- La vice-présidence du Parlement Européen

Le 12 octobre 2020, lorsque l’irlandaise Mairead McGuinness est promue au poste de commissaire européenne aux services financiers, à la stabilité financière et à l’union des marchés des capitaux, Roberta Metsola devient vice-présidente du Parlement européen. Elle est la première euro-députée maltaise à occuper cette fonction.

5- Élue à une date symbolique 

Le 18 janvier 2022 n’est pas seulement la date à laquelle Roberta Metsola Tedesco Triccas accède à la présidence du Parlement européen grâce à 458 votes sur 690. Mais c’est aussi le jour de son anniversaire : elle fête ses 43 ans. Elle devient ainsi la troisième femme élue présidente du Parlement et première personne à ce poste issue d’un « petit » état membre. Elle prend la suite de l’Italien David Sassoli, décédé la semaine dernière, et siègera à ce poste jusqu’en juillet 2024.

6- Des mobilisations à son encontre

À l’issu de la nomination de Metsola, de nombreuses voix s’inquiètent de ses prises de positions passées contre les droits des femmes. Aussi, le groupe politique du parlement européen “Renew Europe” a appelé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen, Charles Michel, mais aussi Roberta Metsola, à lancer le Pacte Simone Veil. Son objectif est d’introduire dans sa législation des mesures plus protectrices pour les droits des femmes. En France, Clément Beaune, secrétaire d’État français chargé des Affaires européennes, a réagi aussitôt à cette élection au micro de FranceInfo : « le symbole de son élection me gêne » dit-il. « Ca n’est pas un choix français ». Il a également signifié que la nouvelle présidente du Parlement européen provient d’un pays où la législation interdit l’IVG, ce qu’il « regrette profondément ».

7- Son engagement progressiste pour les LGBTQ+, les médias et l’immigration

Le 27 janvier 2014, lors d’un entretien pour le média belge RTBF, Roberta Metsola explique qu’il existe des différences radicales entre les législations inclusives des différents membres de l’Europe. Lors de cette même interview, elle déclare que “nous venons, au Parlement européen, avec un front commun pour être sûrs que les États membres sont encouragés, et parfois même forcés, par la Commission à garantir que les lois protégeant les homosexuels contre les discriminations et les crimes de haine sont les mêmes partout en Europe.” De la même façon, elle a planché sur l’immigration et le pluralisme des médias à travers plusieurs rapports parlementaires.

8- Une abstention pour les violences faites aux femmes 

En septembre dernier, sept ans après la signature de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre les violences à l’égard des femmes et les violence domestiques, un vote criminalisant les faits sur est demandé à la Commission. À la surprise générale, l’eurodéputée maltaise décide de pas prendre part au vote. Cette abstention pose question aujourd’hui, alors que la nouvelle présidente du Parlement européen affirme, début décembre, sur Twitter : « les femmes m’inspirent. Les femmes qui se lèvent, qui parlent, qui se battent. Les femmes qui font du business, qui fondent un foyer, qui poursuivent leurs études.« 

« Les femmes m’inspirent. Les femmes qui se lèvent, qui parlent, qui se battent. Les femmes qui font du business, qui fondent un foyer, qui poursuivent leurs études » Roberta Metsola, début décembre sur Twitter

9- Une position controversée sur l’IVG

Malte est l’un des derniers pays européens où l’avortement est encore un crime. Cela est passible d’un emprisonnement pour la femme et son médecin. Roberta Metsola, représentante de l’île au Parlement européen, a toujours fait valoir son avis à ce sujet : elle y est totalement opposée. Malgré tout, avant son élection Metsola a affirmé vouloir « représenter la position du Parlement« , et donc ne pas vouloir interférer avec ses opinions personnelles au sujet des droits sexuels et reproductifs.

10- Contre la corruption maltaise

En 2017, la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia est assassinée alors qu’elle enquête sur la corruption. Cette nouvelle est vécue comme un véritable scandale d’état sur l’île. Le gouvernement maltais de Joseph Muscat, membre du Parti travailliste, est accusé d’être responsable du drame à la suite des révélations de la journaliste. Metsola appelle, en décembre 2019, le premier ministre Joseph Muscat à démissionner de son poste. 

Réputation sulfureuse de Malte

L’élection d’une femme à la tête du Parlement européen -la troisième en soixante ans d’existence- est un symbole fort pour l’inclusion des femmes en politique et dans les sociétés européennes. Mais Roberta Metsola regrette elle-même que « les femmes (soient) toujours sous-représentées dans la plupart des instances politiques », avant d’ajouter : « ce dont nous avons besoin est d’un véritable changement de paradigme dans la pensée et la culture ».

Pourtant, son élection restera entachée par ses prises de position anti-IVG. De plus, l’image sulfureuse de Malte -sans aucune mesure avec son poids politique (7 députés sur 705)- pourrait également la desservir. Comme le rappelle les Echos, son opacité financière est dans le viseur du Groupe d’action financière (GAFI)  qui lutte contre la corruption, .

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