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« Sexisme en liberté »: quelle est la représentation des femmes sur Youtube?

La Fondation des Femmes, qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles envers les femmes, a publié à la fin de l'été, un rapport sur les représentations dans les 200 vidéos les plus vues sur Youtube, nommé "Sexisme et liberté". Le diagnostic est sans appel. Explications. Par Stella Roca.

Sommaire

  • L’homme tout puissant des clips vidéos
  • Les stéréotypes de genre
  • Une femme-objet ultra sexualisée
  • Violences sexistes et violences sexuelles: le combo gagnant?
  • En détail, propos misogynes et insultes

L’homme tout puissant dans les clips

Après une étude réalisée par le CSA, en 2018, sur la représentation des femmes dans les vidéos de la plateforme en ligne Youtube, la Fondation des Femmes a analysé les 200 contenus les plus vus en 2019 et 2020, en partenariat avec Sciences Po. De ce rapport numérique, nommé « Le sexisme en liberté » il ressort plusieurs constats et pas des plus réjouissants.

Alors que le clip musical est en pole position des vidéos les plus regardées et donc appréciées en France sur Youtube, il reste l’un des socles les plus solides du sexisme et des violences envers les femmes. En effet, « les vidéos et clips musicaux, qui ont pour ambition d’attirer le plus d’internautes, ne cessent d’utiliser des stéréotypes de genre dans un but purement marketing« , note le rapport. La Fondation des Femmes souligne l’inquiétante prééminence des hommes dans les premiers rôles des vidéos les plus vues (62,1%) ainsi qu’une sous-représentation des femmes (16,1%), cantonnées à des seconds rôles réducteurs et sexistes. Bien que la majorité des contenus, 57%, présentaient un stéréotype à l’encontre des hommes, c’est-à-dire associant l’homme à une idée préconçue, un cliché entretenu par la société, les stéréotypes de genre n’ont pas les mêmes conséquences pour les deux sexes.

Les stéréotypes de genre

En effet, les vidéos stéréotypées mettaient en scène la femme de manière négative, comme « la séductrice », « la maternelle », ou encore « l’hystérique » alors que l’homme était en majorité associé au « séducteur », au « courageux » ou encore à « l’hyper-viril », des valeurs bien plus positives. Une image de la femme négative et misogyne entretenue par ces vidéos vues surtout par des jeunes, principaux utilisateurs de Youtube. Les femmes sont représentées ici uniquement dans leur rapport aux hommes, comme si elles ne vivaient qu’à travers leurs interactions avec ces derniers.

Une femme-objet ultra sexualisée

Aujourd’hui encore, la sexualité est partout mais surtout et trop souvent attribuée aux femmes, sans qu’elles ne puissent s’en détacher. Le rapport de la Fondation nous informe qu’un peu plus de 15% des séquences les plus regardées sur la plateforme de vidéos contenaient des propos à connotation sexuelle prononcées à 96%, par des hommes, presque la totalité des cas. Sans aucun étonnement, la sexualisation des propos ou des images véhiculées, concerne la totalité des femmes. La gente féminine est continuellement ramenées à son corps, qui ne cesse d’être objectifié et désiré. Outre la nudité, partielle, totale ou même suggérée de ces dernières dans ces contenus, les vidéos sexualisent surtout les femmes par des jeux de caméras et par des mouvements érotiques et poses lascives pour 31% des contenus.

Un phénomène qui s’accentue pendant la crise

De plus, la séduction semble être le rapport majeur existant entre les hommes et les femmes, dont elle apparait à 88% dans les clips musicaux. Dans ces rapports entre les deux sexes, l’étude met en lumière que 4,4% des contenus font état d’une soumission, un chiffre plutôt bas, mais qui concerne en totalité les femmes et qui provient toujours des hommes. La Fondation témoigne, entre 2019 et 2020, d’ « une hausse des contenus à caractère sexiste et sexuel (+10 points), ainsi qu’une augmentation des contenus présentant une image dégradante des femmes (+7 points)». Le phénomène s’est accentué pendant la crise sanitaire, surtout avec le deuxième confinement qui a vu les chiffres s’envoler passant de 62% à 75% pour ce qui est des stéréotypes. Une image sexualisée de la femme qui ne cesse donc de faire vendre et d’attirer un public toujours plus grand.

On note « Une hausse des contenus à caractère sexiste et sexuel (+10 points), ainsi qu’une augmentation des contenus présentant une image dégradante des femmes (+7 points)» entre 2019 et 2020. Rapport « Sexisme en Liberté » de la Fondation des femmes et Science Po.

Violences sexistes et violences sexuelles: le combo gagnant ?

Alors que les violences envers les femmes n’ont jamais été aussi fortes et qu’une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint, les vidéos appréciées du grand public semblent pourtant favoriser cette vision de la femme. Même si dans 74,9% des cas, les contenus ne sont pas considérés comme violents, la violence et ses conséquences restent très subjectives en fonction des internautes. L’étude rapporte donc que quarante cinq vidéos sur les 200 les plus vues de la plateforme Youtube en France impliquent une violence venant d’un homme.

« Ces violences sont représentées à 37,5% par des insultes sexistes, 25% sont des propos misogynes, 15,6% contribuent à la culture du viol, 6,3% des violences se font sous la forme de harcèlement sexuel et 3,1% de violences conjugales ». Rapport « Sexisme en Liberté » de la Fondation des femmes et Science Po.

En détail, propos misogynes et insultes sexistes

De plus, dans les vidéos choisies pour l’étude, 18,6% utilisent sans impunité des propos violents et/ou à caractère sexuel ou sexiste à l’encontre des femmes. Selon le rapport, ces violences sexistes et sexuelles concernent toutes les insultes sexistes et propos misogynes, la représentation de la femme-objet dans les vidéos, le harcèlement sexuel sous toutes ses formes, les violences conjugales ou encore la culture du viol. La Fondation confie que « ces violences sont représentées à 37,5% par des insultes sexistes, 25% sont des propos misogynes, 15,6% contribuent à la culture du viol, 6,3% des violences se font sous la forme de harcèlement sexuel et 3,1% de violences conjugales ». L’image dégradante de la femme dans les vidéos les plus vues, se déclinant sous forme d’images dévalorisantes, de réification de la femme, de l’attribution de rôles inactifs ou esthétiques genrés, fait partie des violences à l’encontre des femmes. Bref, un constat qui fait écho au rapport quinquennal du GMMP et à la représentation de la femme dans les médias internationaux, sujet phare d’une conférence de la rédaction d’Informelles au congrès 2021 de l’ICSB.

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