Start-Up Lady Japan : lorsque les Japonaises se lancent dans l’entrepreneuriat

Fondée en 2018, Start-Up Lady Japan épaule les entrepreneuses japonaises. Ces dernières ne représentent que 5% des femmes qui travaillent dans l’archipel, mais en temps de Covid-19, l'entrepreneuriat apparaît de plus en plus comme une alternative possible. Entretien avec Amee Xu, une de ses quatre co-fondatrices.

Sommaire

  • Les femmes au Japon, sous-employées
  • Carrière ou famille: les femmes japonaises obligées de choisir
  • La naissance de Start-up Lady Japan
  • Un réseau en plein essor
  • Les barrières de l’entrepreneuriat au féminin

Fondée en 2018, Start-Up Lady Japan épaule les entrepreneuses japonaises. Ces dernières ne représentent que 5% des femmes qui travaillent dans l’archipel, mais avec la remise en question de la culture de l’entreprise japonaise, accélérée en temps de Covid-19, l’entrepreneuriat apparaît de plus en plus comme une alternative possible. Entretien avec Amee Xu, une de ses quatre co-fondatrices.

Les femmes au Japon, sous-employées

Lorsqu’Amee Xu, Sino-Canadienne de 32 ans, s’installe au Japon, il y a sept ans, elle fait un constat. Alors qu’elle travaille dans une entreprise de recrutement, elle se désole de voir défiler des profils de femmes brillantes, bardées de diplômes, contraintes à postuler pour des emplois bien en-deçà de leurs compétences. “Je me souviens de cette jeune femme, dans la vingtaine, qui voulait être réceptionniste. Malgré ses diplômes, elle ne voulait pas s’investir dans une carrière car son mari allait être muté et résignée, elle souhaitait conserver une mobilité pour lui.” Ou encore, cette jeune mère,“obligée de décliner des postes qui correspondaient à son profil parce qu’elle n’avait pas de solution de garde pour son bébé. Elle se sentait si découragée”. Durant ses deux années de recruteuse, Amee observe “ce que signifie être une femme dans l’entreprise japonaise”.

Carrière ou famille: les femmes japonaises obligées de choisir

Fonder une famille ou faire carrière, les Japonaises doivent encore choisir. Les obstacles sont nombreux. Le congé parental est, par exemple, « une punition pour les femmes”, s’insurge Amee qui cite l’exemple de cette mère de famille, qui, avant la naissance de son enfant, était au service Marketing de son entreprise. A son retour de congé maternité, “elle s’est vue offrir un poste de comptable, qui ne lui correspondait pas du tout, mais qu’on lui a imposé car elle devait se libérer à 17 h pour aller chercher son enfant. Déçue, elle a démissionné. Puis elle a rebondi et a lancé sa propre activité.” Devenir entrepreneuse ou freelance, une alternative qui séduit de plus en plus et qui bouscule les grandes entreprises japonaises dont “ les fonctionnements paraissent de plus en plus archaïques. Le nombre de freelances est en train de doubler au Japon, si ce n’est tripler, chaque année », assure Amee. « L’inflexibilité de la culture du travail japonaise est remise en question.

La naissance de Start-up Lady Japan

C’est de ce constat que Start-Up Lady Japan est née en 2018. “Nous nous sommes rendues compte qu’il n’existait pas de structure pour aider les femmes qui voulaient entreprendre. Nous voulions leur offrir une communauté et un soutien”, explique Amee, qui travaille désormais dans le marketing. A ses côtés, à la tête de Start-Up Lady Japan, Moeko Suzuki, Steffie Harner et Ruriko Koko Sato. Ensemble, elles organisent des évènements, accompagnent les femmes dans leurs démarches et les mettent en relation. Si la tendance à la hausse est certaine, le taux de l’entrepreneuriat reste faible au Japon : 11% pour les hommes et 5% pour les femmes. La raison de cette frilosité : on “favorise la sécurité à la prise de risques. Quitter un poste en entreprise pour lancer sa propre activité est un risque et fait peur. Mais la stabilité promise autrefois par le contrat de travail à vie n’existe plus: c’est une réalité. Le monde du travail a changé et la façon de penser évolue avec lui.”

« “Les Japonaises ont tendance à être contre l’idée de l’entrepreneuriat de prime abord. Ce n’est pas seulement le poids d’une société patriarcale qui les empêche, ce sont les femmes elles-mêmes qui, consciemment ou pas, constituent leurs propres obstacles. Elles manquent de confiance en elles.. » Amee Xu, co-fondatrice de Start-up Lady Japan

Un réseau en plein essor

De 700 membres en 2020, Start-Up Lady Japan en compte désormais 1500. La structure, bilingue anglais-japonais et à but non-lucratif, a doublé ses effectifs, en pleine pandémie de Covid-19 : émergence du télétravail, remise en question des méthodes traditionnelles, de nouvelles alternatives semblent possibles. “De nombreuses personnes ont perdu leurs emplois et ont dû trouver une solution; d’autres ont exprimé l’envie de se reconvertir. L’entrepreneuriat est perçu différemment et connaît un attrait inédit.” La majorité des membres de Start-Up Lady Japan ont entre 20 et 30 ans. Elles sont majoritairement dans les nouvelles technologies, l’entrepreneuriat social et la vente de services ou de produits. A l’instar d’Ekolokal qui met en réseau des initiatives respectueuses de l’environnement ou de ColorMeTokyo qui offre du conseil en mode colorimétrique. Start-Up Lady Japan organise aussi des séminaires en partenariat avec Tosbec (Tokyo One-stop Business Establishment center). Un autre projet, en stand-by en raison de Covid-19, est une collaboration avec WorldChicago “qui nous permettra d’envoyer des femmes dans des programmes aux Etats-Unis pour qu’elles puissent se former et monter leurs projets à leur retour au Japon.”

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Les barrières de l’entrepreneuriat au féminin

Si les femmes ont encore du mal à se lancer, c’est parce qu’elles “conservent des barrières sociales et psychologiques. Elles ne subissent pas seulement la situation, elles l’ont intégrée.” Amee va plus loin. “Les Japonaises ont tendance à être contre l’idée de l’entrepreneuriat de prime abord. Ce n’est pas seulement le poids d’une société patriarcale qui les empêche, ce sont les femmes elles-mêmes qui, consciemment ou pas, constituent leurs propres obstacles. Elles manquent de confiance en elles.” Si les jeunes générations sont plus tournées vers une carrière que leurs mères, elles intègrent des idées reçues sur leurs rôles à jouer dans la famille. “Elles manquent de modèles. Elles ont besoin de voir des femmes qui les inspirent, qui leur ouvrent la voie et leur montrent que tout est possible.” Dans le cadre d’un partenariat avec Google, Start-Up Lady Japan lancera d’ici quelques semaines des “Story nights”, “où les femmes pourront découvrir des parcours de celles qui se sont lancées le temps d’une soirée.” Dans l’espoir de susciter de nouvelles vocations.

Plus d’informations : www.startuplady.org et Tosbec : https://www.startup-support.metro.tokyo.lg.jp/onestop/en/

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