Vues du monde : le pardon aux sorcières en Ecosse

La cheffe de gouvernement écossaise, Nicola Sturgeon, présente ses excuses aux femmes condamnées comme sorcières de 1563 à 1735. 2 500 l'ont payé de leur vie. Pour la Première ministre d’Ecosse, les premières victimes sont les femmes, Sorcellerie hier, misogynie aujourd’hui.

Sommaire

  • Pardon aux sorcières
  • Mesure d’un pouvoir protestant naissant
  • Une victoire pour Witches of Scotland
  • Misogynie hier et aujourd’hui
  • Jules Michelet déjà
  • Quelques critiques

Pardon aux sorcières

Nicola Sturgeon, Première ministre d’Ecosse, a profité du 8 mars pour présenter ses excuses posthumes aux victimes de la loi anti-sorcellerie de 1563. “En Écosse, on estime que 3 837 personnes – dont 84 % de femmes – ont été jugées comme sorcières en vertu de cette loi, selon l’enquête sur la sorcellerie écossaise. Environ 2 500 de ces accusés ont été exécutés et brûlés”, écrit The Scotman.

“Ceux qui ont connu ce sort n’étaient pas des sorcières, c’étaient des gens, et c’étaient en grande majorité des femmes”, a expliqué la première ministre lors d’un débat gouvernemental, avant de poursuivre : “c’était une injustice à grande échelle, motivée en partie par la misogynie dans son sens le plus littéral, la haine des femmes”.

 

 

Mesure d’un pouvoir protestant naissant

En 1563, le Parlement anglais est le premier à adopter une telle loi, ne contenant cependant que des punitions soigneusement graduées. La version écossaise est plus sévère et prescrit la peine de mort. Cette loi est également conçue comme une arme des protestants contre l’Eglise catholique. Pour les réformateurs, sorcellerie et catholicisme sont tous deux des “superstitions” qu’il faut combattre. “La loi écossaise sur la sorcellerie (est) le produit d’un régime protestant nouveau et inexpérimenté”, écrit l’historien ​Julian Goodare.

Une victoire pour Witches of Scotland

C’est une victoire pour deux organisations créées dans le sillage du mouvement #MeToo : Remembering the Accused Witches of Scotland (RAWS) et Witches of Scotland. Claire Mitchell et Zoe Venditozzi, les deux activistes à la tête de Sorcières d’Écosse”, militent depuis 2020 en faveur des excuses. Elles saluent les paroles de Nicola Sturgeon, indiquant que « c’est la première reconnaissance formelle de cette terrible erreur judiciaire”. L’organisation fait campagne également en faveur d’un pardon et d’un mémorial…

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Misogynie hier et aujourd’hui

Pour la première ministre écossaise, il ne s’agit pas simplement d’histoire car « si, ici en Écosse, la loi sur la sorcellerie a été reléguée aux oubliettes de l’histoire (…), la profonde misogynie qui l’a motivée ne l’a pas été. Nous vivons toujours avec cela. Aujourd’hui, elle s’exprime non pas par des allégations de sorcellerie, mais par le harcèlement quotidien, les menaces de viol en ligne et la violence sexuelle. »

Ses excuses interviennent donc après la publication d’un rapport indépendant sur “Misogynie et justice pénale en Écosse ». Commandé par le gouvernement, il propose l’adoption d’une loi visant à réprimer plus sévèrement les comportements misogynes de haine contre les femmes.

« Aujourd’hui, la misogynie s’exprime non pas par des allégations de sorcellerie, mais par le harcèlement quotidien, les menaces de viol en ligne et la violence sexuelle ». Nicolas Sturgeon, Première ministre d’Écosse

Jules Michelet déjà

En 1862, Jules Michelet écrit La Sorcière, une tentative de réhabiliter cette figure honnie de la culture occidentale après des siècles d’oppression et d’extermination. Le livre fait scandale et est mis au pilon par son éditeur Hachette avant même sa parution. Finalement, cela coûtera à Michelet sa chaire au Collège de France. Dans son ouvrage, l’écrivain prédit que la sorcière “rentrera dans les sciences et y apportera la douceur et l’humanité, comme un sourire de la nature”.

Plus récemment, Mona Chollet avait remis le sujet au cœur avec son ouvrage « Sorcières, la puissance invaincue des femmes » paru en 2018 et remettait à nouveau en perspective la chasse aux sorcières avec un éclairage féministe.

Quelques critiques

Même si elle reconnaît que personne ne peut justifier les horreurs commises contre toutes ces femmes, la commentatrice pro-Brexit Christine Hamilton pense que “cela n’a aucun sens de faire perdre son temps au Parlement sur un tel sujet alors que nous sommes au bord de la troisième guerre mondiale.” De son côté, le populiste Daily Mail reste insensible à la tentative récente de réhabilitation. “S’excuser d’avoir tué des « sorcières » n’est rien d’autre que de la démagogie”, écrit le quotidien britannique.

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Nicolas Sturgeon en 2019 James Glossop/The Times/News Licensing/ABACAPRESS.COM

 

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