Vues du monde: Stella Creasy ou l’équation difficile des femmes engagées en politique

Stella Creasy, députée britannique, est venue travailler dans l’hémicycle avec son bébé de 3 mois. Réprimandée par la chambre des communes, sa venue a provoqué de nouveaux débats sur les droits accordés aux élus devenant parents. Dans de nombreux pays, ce sujet est encore sensible, tout comme l'allaitement au travail. Cette situation pourrait-elle être envisagée à l'Assemblée nationale?

Sommaire

  • Conjuguer vie politique et maternité: la difficile équation de Stella Creasy députée travailliste anglaise
  • Révision de règlement à la Chambre des Communes
  • Ce que dit la loi en France
  • Ailleurs en Europe, qui se préoccupe du sort des jeunes mamans?
  • Une proposition de loi pour sanctionner l’entrave à l’allaitement public

Conjuguer vie politique et maternité: la difficile équation de Stella Creasy députée travailliste anglaise

Le 24 novembre dernier Stella Creasy est venue travailler dans l’hémicycle de la Chambre des Communes à Londres avec son bébé de trois mois. Députée travailliste de la circonscription de Walthamstow, elle a été rappelée à l’ordre par Dame Eleanor Laing – vice-présidente du Parlement anglais – pour avoir amené son nouveau-né dans l’hémicycle. Un événement qui n’a pas manqué de provoquer de nombreux débats sur les droits accordés aux élus devenant parents.
Effectivement, dans une lettre publiée dans le journal The Guardian, Stella Creasy explique que contrairement aux ministres anglo-saxons, les parlementaires femmes ne bénéficient pas de congé maternité : « Si je ne venais pas avec mon bébé, « les habitants de (ma circonscription) seraient privés de toute représentation si je cessais le travail » avant d’ajouter qu’un « bébé de trois mois est trop jeune pour qu’on le laisse seul ».

« Si je ne venais pas avec mon bébé, « les habitants de (ma circonscription) seraient privés de toute représentation si je cessais le travail. » Stella Creasy, députée travailliste à la Chambre des communes anglaise

Révision de règlement à la Chambre des Communes

Face aux critiques, la Chambre des Communes a annoncé qu’elle reverrait son règlement sur l’interdiction d’amener des nouveaux nés au sein du Parlement. Pour Lindsay Hoyle, président de la chambre des communes il est « important que les parents de bébés et de jeunes enfants » puissent participer pleinement aux travaux parlementaires et les règles doivent s’adapter avec les évolutions de la société. Max Blain, le porte parole du premier ministre Boris Johnson a également déclaré que le gouvernement comprend les difficultés rencontrées par ces nouveaux parents, au statut particulier, et que « le Parlement devrait apporter des changements positifs pour devenir plus favorable aux familles ».

Si Stella Creasy a reçu de nombreux soutiens, il existe cependant des points de vue divergents sur la question. La société internationale de sondages, YouGov publiait les résultats de leur enquête avec 49% de la population anglaise répondant défavorablement à la présence des nouveau-nés dans la chambre des communes.

En Europe, qui se préoccupe du sort des jeunes mamans?

L’affaire de Stella Creasy a fait jaser jusqu’au parlement norvégien. L’ancienne ministre de l’agriculture de Norvège, Olaug Bollestad, aujourd’hui députée et cheffe du parti KrF à la chambre, a demandé une nouvelle règlementation  pour que les représentants du parlement du Storting, le nom du parlement norvégien, puissent venir accompagnées de leur nouveau-nés en séance. Elle ajoute au sujet de l’allaitement, extension naturelle de l’intégration des bébés dans un lieu de travail: « Je pense qu’il est embarrassant que la salle du Storting ne soit pas ouverte aux mères qui allaitent. C’est un ensemble de règles démodées et dépassées ». En Suisse, à l’Assemblée fédérale, depuis mars 2019 les jeunes mamans bénéficient d’une salle d’allaitement dédiée, à l’initiative du Bureau du Grand Conseil.

Ailleurs, on allaite au Parlement

Dans le monde, d’autres parlementaires avaient fait débat, non pas seulement en emmenant Bébé sur leur lieu de travail mais en l’allaitant en pleine séance parlementaire. Après une année de coude à coude avec la chambre basse australienne. Larissa Waters était devenue la première femme à allaiter au sein du Parlement australien en 2017. L’Islande avait également autorisé l’allaitement puisqu’en 2016, Unnur Bra Konradsdottir, élue du Parti de l’indépendance (conservateurs), prenait la parole en direct à la télévision, tout en allaitant sa fille âgée de six semaines.

Ce que dit la loi en France

Si le règlement de l’Assemblée nationale n’a pas encore intégré cette question de façon précise, le code du travail devrait s’appliquer. En France, celui-ci prévoit à la fois un congé maternité pour les femmes de seize semaines et un congé paternité dont la durée s’est considérablement allongée il y a quelques mois, pour les hommes. Au sujet de l’allaitement sur le lieu de travail, en revanche un article du code du travail (L1225-30) précise  que : « Pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail ». De la même manière l’article L1225-32 prévoit qu’une entreprise comprenant plus de 100 salariés a l’obligation de prévoir un lieu pour allaiter à l’intérieur ou à proximité du lieu de travail. Affaire à suivre?

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