Vues du monde : une femme à la tête de la Repubblica Italiana en 2022?

La course au prochain ou prochaine résident.e du Palazzo del Quirinale est lancée. Alors que l’Italie se prépare à élire son prochain président, un ancien premier ministre, plusieurs artistes et des intellectuelles se sont mobilisés pour appeler à la première élection d'une femme. Après plusieurs nouvelles présidentes dans le monde, serait-ce la prochaine?

Sommaire

  • De nouvelles élections en Italie sous le sceau de l’incertitude
  • Comment se déroule le scrutin présidentiel italien ?
  • Les pouvoirs du Président italien
  • Qui sont les favoris des prochaines élections présidentielles italiennes ?
  • Une femme Présidente en Italie en 2022 ?
  • Les candidates plus nombreuses que les candidats
  • Les noms les plus plausibles

De nouvelles élections en Italie sous le sceau de l’incertitude

En 2022, l’Italie tourne la page de sept années sous l’ère de Sergio Mattarella, dont la présidence se termine le 3 février prochain. Lors de sa prise de fonction en janvier 2015, ce dernier avait d’emblée annoncé ne pas vouloir rester au pouvoir une année supplémentaire, pour attendre la fin de la législature en 2023. Les scrutins présidentiels et parlementaires étant souvent décalés, la première fonction de l’Etat italien ayant un mandat de sept ans alors que les députés sont élus pour cinq ans seulement. Le premier tour de ces nouvelles élections indirectes aura lieu le 24 janvier. Mais à moins de trois semaines du scrutin, aucun candidat ne se démarque clairement et, surtout, un ancien premier ministre et plusieurs femmes élèvent leurs voix dans la société civile pour qu’une femme candidate puisse émerger. Une éventualité qui mettrait l’Italie dans les pas des dernières élections de présidentes en Amérique Centrale ou de la gouverneure générale du Canada.

Comment se déroule le scrutin présidentiel italien ?

« Il Presidente della Repubblica Italiana » est élu par un collège électoral dédié de 1009 grands électeurs, composé de l’ensemble des élus des deux chambres, 630 députés issus du parlement et 321 sénateurs, auxquels s’ajoutent les sénateurs nommés à vie, dont les anciens présidents de la République italienne et 58 délégués régionaux (3 par région à l’exception di Val D’Aoste qui n’en a qu’un). Il s’agit donc d’un suffrage universel indirect.

Les pouvoirs du Président italien

On dit souvent que la première charge de l’Etat italien n’a que très peu de pouvoirs. Néanmoins le Président est le garant de la Constitution, il rassemble au-delà des clivages politiques et il a plusieurs pouvoirs de nuisance qui lui permettent de jouer un rôle sur l’échiquier politique. Notamment celui de dissoudre le Parlement et/ou le Sénat et d’appeler à de nouvelles élections législatives. Ce qui semble être le sport favori de la vie politique transalpine, qui a connu plus de 64 gouvernements depuis la constitution de la Deuxième république en 1948 et huit dissolutions d’une des deux chambres. C’est au Président aussi que revienne les nominations du Président du Conseil (l’équivalent du Premier Ministre),- en s’assurant de la confiance du Parlement- , des ministres proposés par leur Président du conseil, des différents présidents des chambres, en autres charge, dont celle de chef des Forces Armées Italiennes avec le pouvoir de déclarer la guerre. Par ailleurs, l’article 84 de la Constitution exige que le président élu soit de nationalité italienne, jouisse de ses droits civiques et politiques et qu’il ait cinquante ans révolus le jour de son élection.

Qui sont les favoris des prochaines élections présidentielles italiennes ?

Alors qu’un tourbillon d’incertitudes s’agite autour du successeur de Mattarella, quelques noms semblent émerger. L’actuel président du Conseil, Mario Draghi, fait figure de favori du scrutin. Surnommé « super Mario », à la tête du gouvernement depuis moins d’un an, il a permis à l’Italie de bénéficier de nombreuses aides du plan européen lors de la pandémie Covid-19. Fin connaisseur de l’économie mondiale, après une carrière dans les banques privés (Goldman Sachs en tête), il a été gouverneur de la Banque d’Italie pendant cinq ans, puis de la Banque centrale européenne (BCE) jusqu’en 2019. Son rôle lors de la crise de la dette européenne en 2012 a été jugé déterminant pour la santé économique de l’Europe. Mais de nombreux partis politiques souhaitent qu’il reste à son poste, plus exécutif et productif compte tenu du contexte actuel.

L’ancien Premier ministre Silvio Berlusconi, surnommé «Il cavaliere», s’est porté quant à lui volontaire. Mais plusieurs médias et personnalités du monde politique se sont élevés contre sa candidature. Le quotidien italien Il Fatto quotidiano a même diffusé une pétition pour protester contre son élection. Cette dernière a déjà recueilli plus de 200 000 signatures. « Le président de la République doit être le garant de la Constitution » écrit le journal, « Silvio Berlusconi est le garant de la corruption et de la prostitution».

Une femme Présidente en Italie en 2022 ?

Etant donné le peu de candidats hommes potentiels pour la présidence italienne aujourd’hui et vu l’absence de consensus entre les différents partis, plusieurs femmes artistes du monde de l’art et de la culture élèvent leur voix pour une candidature féminine.  « Nous voulons le dire très clairement, il est temps d’élire une femme au Quirinal », appellent, entre autres, la romancière Dacia Maraini, la réalisatrice Liliana Cavani ou encore la chanteuse Fiorella Mannoia. « Il y a suffisamment de femmes qui ont les compétences nécessaires pour recouvrir ce rôle » indiquent-elles. Si dans l’histoire de la République italienne, une seule femme a été un peu plus proche de l’élection, obtenant 256 votes du collège électoral présidentiel – il s’agit ed Nilde Jotti en 1992-, jamais aucune autre femme n’a émergée ni a encore moins été désignée.

« Nous voulons le dire très clairement, il est temps d’élire une femme au Quirinal… Il y a suffisamment de femmes qui ont les compétences nécessaires pour recouvrir ce rôle. » Prise de parole de plusieurs artistes du monde de l’art et de la culture en Italie

Les candidates plus nombreuses que les candidats

Le tout dernier Président du Conseil, Giuseppe Conte, est le premier à ouvrir le débat d’une nomination féminine à la présidence italienne, le 27 décembre 2021. Paola Severino, ancienne Ministre de la Justice et professeure de droits à l’université Luiss est un des noms pressentis. Une autre candidate possible est Letizia Moratti, ex-ministre de l’Instruction, de l’Université et de la recherche et ancienne maire de Milan, dont le parcours politique a  été émaillé par quelques scandales. D’autres noms encore sont avancés par la presse ces derniers jours. On pense à Liliana Segre qui répondrait aux exigences de la constitution italienne. Rescapée du camp de concentration d’Auschwitz, elle est une candidate idéale car elle n’appartient à aucun parti, ce qui renforce son image pacifiste. Mais elle a 91 ans et a déjà décliné pour cause de grand âge.

Emma Bonnino, issue du Parti Radical, dont le curriculum politique est plus qu’honorable, –  ancienne député et commissaire européenne, plusieurs fois ministre et ex-vice présidente du Sénat, aujourd’hui sénatrice- est la candidate susceptible de plaire à la gauche italienne. En 1999 elle avait bénéficié d’une campagne d’opinion sous le slogan de « Emma for President » rassemblant près de 33% d’intentions de votes. Mais elle avait pris la parole en mai dernier pour expliquer qu’il était trop tard pour elle,' »elle était prête il y a 30 ans ».

Les noms les plus plausibles

Parmi les candidates avancées par le média Luce, la Présidente du Sénat Maria Elisabetta Alberti Casellati, toute première femme à diriger le Sénat, considéré comme la deuxième charge de l’Etat par ordre d’importance, ne bénéficie par de beaucoup de sympathie. Elisabetta Belloni. anciennement au Ministère des affaires étrangères et néo cheffe des services secrets italiens, n’a jamais été élue, ce qui pourrait être un frein à sa carrière.

Enfin, celle vers qui semblent converger le plus d’intérêts, est l’actuelle Ministre de la justice, Marta Cartabia. Juriste et première femme présidente de la Court Constitutionnelle italienne en 2019, elle prend la parole en ces termes lors de cette nomination: “Un plafond de verre s’est rompu. J’ai l’honneur d’être ici en tant qu’ouvre-piste ». Elle fait actuellement partie de l’équipe gouvernementale choisie par Mario Draghi, ce qui donnerait une certaine continuité à la vie politique italienne actuelle. Un scrutin qui sera certainement plein de surprises, surtout qu’il aiguise de nombreux appétits de mise en lumière, tel que celui de la chanteuse rock, Gianna Nannini, qui annonce sa candidature à la présidence italienne sur Instagram, en conduisant sa voiture, le 5 janvier dernier.

 

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